DÉCORTICAGE 1

Ces prochains jours, et à mesure qu’elles seront dévoilées, nous passerons en revue les affiches des différents candidats à la présidentielle, si toutefois il y a quelque chose d’intéressant à en dire.

Aujourd’hui, l’affiche du candidat Emmanuel Macron.

Intéressante affiche, très parlante.

Décortiquons-la.

D’abord la photo :

  • Emmanuel Macron, de face, en plan poitrine (coupé un peu haut), regarde le spectateur droit dans les yeux, façon Oncle Sam « I want YOU », ou façon hypnotiseur d’émission tv.
  • Il est suivi par 3 personnes floues et coupées, plutôt jeunes, dont une personne de couleur ; le message est clair : « qui que tu sois, suis-moi ! ce que tu es n’a aucune importance »…
    C’est Jésus et ses disciples, à condition que les disciples soient jeunes : pas question d’avoir un barbon grisonnant sur la photo, ça plomberait le concept !
  • Il est dans un environnement urbain, fermé, mais avec tout de même un peu de verdure : la France d’Emmanuel Macron n’est pas rurale comme celle, jadis, de Mitterrand, elle se veut moderne, ce qui se traduit par l’urbanité, mais une urbanité de beau quartier, pas de cité.
  • Les lignes de la photo forment un triangle pointant vers le haut (sans ciel), formé par Macron lui-même qui remplit presque tout l’espace : il est la pyramide, une base forte et une tête, la sienne, il est tout, le reste n’a pas d’importance (d’où le fait que les autres sont incomplets et flous).

Voyons le texte, maintenant.

  • La 1ère chose que nous lisons est « Macron Président » : pas de chichi, le but, c’est que l’homme en question accède au pouvoir et rien d’autre ! Déjà, on l’appelle Macron et non Emmanuel Macron ; la photo incarne énormément, mais le texte chosifie. On est davantage dans le concept publicitaire.
    L’importance de l’enjeu est donnée par la majuscule au mot président. Autre concept publicitaire, en ne donnant que ces deux mots et en les accolant de la sorte, on crée un lien dans l’esprit du spectateur : Macron = Président.
  • La police de caractères utilisée est sans fioriture, mais en italique, pour donner une dynamique dans le sens de lecture : on va de l’avant, mais pas trop non plus, l’italique étant assez léger.
  • En plus petit, une citation du candidat (puisque mise entre guillemets) : “La France doit être une chance pour tous.”
    Le concept même de France est donc relégué au second plan. Déjà, les guillemets ne sont pas des guillemets français, mais anglais. La césure de la phrase se fait au milieu, on a donc une première ligne « La France doit être », ce qui veut bien dire que le pays DOIT SE PLIER à la volonté du candidat. Ce n’est pas « La France sera », mais la France DOIT ÊTRE. Donc si elle ne devient pas, ce ne sera pas la faute du candidat. Par là, il se déresponsabilise déjà d’une éventuelle défaite ou du fait qu’il ne tiendra pas ses promesses.
  • La dernière ligne est celle qu’on retiendra davantage, puisque dernière chose qu’on lit : « une chance pour tous. »
    Et là, on oublie la France qui précède pour se recentrer sur le candidat : puisque la France doit être ce que veut le candidat, c’est ce dernier qui devient une chance pour tous. Mais pour tous qui ? les Français ? les Européens ? les jeunes ? on ne sait. Et en fait, ça n’est pas important.
    Le point final marque la décision et la fermeté.
  • Il n’y a rien d’autre à lire : le nom du parti est absent ; ce n’est pas anodin : toute l’affiche montre qu’il s’agit d’une démarche personnelle et individuelle, de la trajectoire d’un homme faisant l’ascension d’un pouvoir en s’appuyant sur un pays. « En Marche ! », c’est déjà du passé, du flou en arrière plan sur la photo.
  • Le bloc texte est bleu, couleur ordinairement attribué à la droite, mais nous avons là un bleu pâle, coordonné à la chemise du candidat. On est donc dans le centre droit. Nulle part il n’y a de rouge ou de rose, si ce n’est le teint de pêche du candidat. Le message est clair.

Une affiche à la limite du culte de la personnalité. On va droit à l’essentiel, et l’essentiel, c’est lui, pas le pays ni le peuple. D’ailleurs, le quasi-obligatoire bleu-blanc-rouge n’apparaît nulle part. La France n’est pas l’objectif. L’objectif, c’est Macron Président. De quoi ? de qui ? peu importe !

Étonnant concept.