DÉCORTICAGE 2

Malheureusement, l’affiche de Benoît Hamon est à l’instar de sa campagne : sans esbroufe jusqu’à la platitude, didactique et dépourvue de créativité, esthétiquement inexistante, bref banale, ce qui ne représente guère le candidat au programme de rupture.

Que voyons-nous ?

Benoît Hamon est à gauche de l’affiche, ce qui, pour un homme de gauche, semble tomber sous le sens. De trois quarts, allant donc vers l’avenir selon le sens de lecture occidental, il se tourne légèrement vers le spectateur en souriant. Tout cela est positif.
Mais ce faisant, cela donne à son corps une courbure vers l’arrière un peu étrange, avec des épaules à des hauteurs différentes, et à la photo une ligne presque diagonale allant du coin supérieur gauche au coin inférieur droit, c’est-à-dire… une descente ! Symboliquement, ça n’est guère heureux.

Les couleurs sont celles de la France : costume et cravate bleus, chemise blanche, slogan rouge. Mais étrangement, le rouge, traditionnellement réservé à la gauche, est hors du candidat. Certes, c’est son projet qui est en rouge, un projet de gauche, donc. Mais le rouge du sang (faire battre le CŒUR de la France) est donc « à côté ». Le candidat est exsangue. Et il ne manque qu’un petit tuyau pour le montrer sous perfusion avec une poche de sang à ses côtés. De fait, sa chemise blanche et son teint un peu surexposé viennent renforcer cette impression : ça manque de chair, de tripe, de sang.

Le fond, totalement absent, gris très pâle, terne, est pire encore : le candidat est dans le vide, il ne vient de nulle part, ne va nulle part, n’est accompagné de personne ; il est sans contexte, sans environnement, sans temps, sans rien.

Au niveau du texte, on est dans la symbolique primaire :

1ère ligne : MON PROJET
De fait, c’est l’affiche du candidat Hamon, pas celle du PS, dont le nom ou le logo n’apparaissent nulle part. Et pour cause, la simple mention « PS » serait un repoussoir à électeurs !

2e ligne : POUR est le mot écrit le plus grand. C’est un des gimmicks de la campagne de Hamon : pour une fois, vous pourrez voter POUR quelque chose, quelqu’un, un projet, et non plus contre un autre candidat honni. Bon. Pour ceux qui ignorent ce détail, ça ne va pas parler, et je doute que l’effet subliminal soit décisif sur le choix de l’électeur.

« FAIRE BATTRE LE CŒUR DE LA FRANCE » est en creux sur un bloc de couleur rouge. Ça met en valeur. Certes. Niveau BTS « maquettage » 1ère année.
Mais surtout, ce « FAIRE BATTRE » tout seul sur une ligne a un effet désastreux !

« LE CŒUR » est en grand. Hamon en appelle à notre sympathie : on l’aime bien, on a bon cœur, on vote pour lui. Hélas, on vote selon ses convictions, pour un président de la République, pas pour qu’un copain soit délégué de classe.

« DE LA FRANCE » vient finir le slogan, mais en plus petit, comme si la France était la moindre des valeurs mises en avant.

Le nom du candidat est est en creux sur un bloc, vert celui-là, sans doute une concession à Yannick Jadot. Bon, rouge, vert, bleu, blanc, ça fait un peu Arlequin ou perroquet des îles, mais c’est joyeux…

La police de caractères utilisée est sobre, sans empattement ni fioritures, très lisible, un peu grasse. Mais employée dans sa forme droite, ce qui ne dynamise pas l’ensemble.

Ensuite, nous avons en plus petit l’ensemble des icônes de réseaux sociaux, le site internet et le hashtag (pardon ! mot-dièse) qui permettent de suivre la campagne… ça fait moderne, jeune, mais est-ce bien leur place sur une affiche papier ?

Bref, une affiche insipide et sans ambition.
Comme sa campagne ?

[EDIT du 11 avril] La dernière version de l’affiche officielle a légèrement été remaniée, comme on peut le voir ci-dessous :

On lui a débranché le goutte à goutte, sa photo a été recadrée sans pour autant résoudre le problème des épaules, son nom est de nouveau en rouge et le vert des écologistes est minimisé. C’est un peu mieux, mais ça ne fait toujours pas vibrer.