CAVIARDAGE

caviar

Luxe (nom masculin) : mode de vie caractérisé par une grande dépense de richesses consommées pour la satisfaction de besoins superflus, inspirés soit par le goût du plaisir, soit par celui du faste, l’esprit d’ostentation.

« Nous sommes dans une démarche de démocratisation des produits de luxe. Nous voulons que tout le monde y ait accès, pas seulement une élite parisienne. » – Michel Biero, directeur des achats de Lidl France.

Les supermarchés discount de la marque proposent donc, un peu partout en France, et à des prix défiant soi-disant toute concurrence :
• du foie gras industriel produit dans des conditions qui feraient que même un viandard invétéré appellerait L214 illico ;
• du saumon fumé traité au diflubenzuron (un pesticide), aux antibiotiques et nourri à l’éthoxyquine (un antioxydant nocif), puis coloré à la canthaxanthine ;
• des grands crus conditionnés en demi-bouteilles pour que ça paraisse moins cher, stockées n’importe comment, en pleine lumière et au chaud et froid ;
• du caviar (pas très bon d’après les spécialistes, et en micro-boîtes là encore pour que ça paraisse moins cher).

Bref, des produits au mieux médiocres, en conditionnement ridicule, juste pour permettre aux pauvres de se ruiner un peu plus et pouvoir jouer au riche, rien qu’une fois dans leur vie. Attention, je n’accable pas une chaîne de magasins en particulier : toute la grande distribution succombe à ce vice du luxe pour pauvres. Lidl est simplement sous les feux des projecteurs avec son annonce de caviar.

De fait, le caviar proposé est « accessible » : 9,99 € la boîte… de 15 grammes !

Ah certes, sur la table de fêtes, pour douze personnes, ça ne va pas faire gras. Mais bon, de toute façon, Tonton Henri bougonnera en disant que c’est de la connerie et qu’il préfère un bonne tartine pâté/cornichons avec un verre de rouge (aura-t-il vraiment tort ?), les enfants n’en mangeront pas (« Allez jouer avec vos cadeaux et faites pas chier les grands, c’est pas pour vous ! on vous appellera pour la bûche ! »), la belle-sœur, la cousine et le nouveau copain de la frangine n’en voudront pas sous prétexte que ça pue et que c’est gluant (ce qui n’est pas totalement faux), Bernard fera son grand prince en disant « Non, non, allez-y, moi je connais bien. » (quel con, celui-là, tout de même, et dire qu’il faut se le taper tous les ans !), et Françoise rappellera qu’elle est allergique aux fruits de mer et qu’elle préfère ne pas prendre de risque…
Du coup vous serez seul(e) à vous enfiler la cuillère sous la scrutation extatique de 7 ou 8 paires d’yeux, vous avalerez ça vite fait parce qu’il est acide, très salé et avec un arrière-goût métallique, mais rayonnant(e), vous affirmerez péremptoirement « Ah, ben c’est spécial… mais c’est tout de même autre chose que des œufs de lump ! » À 666 € le kilo, c’est effectivement très différent des 25 € le kilo d’œufs de lump. Au final, vous vous rincerez le gosier avec le fond tiède de votre verre de Muscadet.

Quelle expérience, dites donc ! Mais remarquez, au moins, ça aura fait passer cinq minutes dans cette soirée de merde qui n’en finit pas.
Et ça, ça n’a pas de prix !
Alors merci Lidl.

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