LE MOT DU JOUR – 5 mars 2017

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Ferdinand VII d’Espagne, grand humaniste, esprit éclairé et joyeux compagnon, toujours la blague aux lèvres et le coussin péteur à portée de main

Exceptionnellement, le mot du jour est un nom propre.

Trocadéro : la place du Trocadéro, de son vrai nom « place du Trocadéro-et-du-11-Novembre » depuis 1978, se situe dans le 16e arrondissement de Paris.

Créée en 1869 sous le second Empire en tant que « place du Roi-de-Rome » (en hommage à Napoléon II, l’Aiglon), elle prit le nom de Trocadéro en 1871, baptisée ainsi en souvenir de la bataille du même nom.

De quelle bataille s’agit-il ? Un peu d’histoire espagnole s’impose.

Depuis 1814, et après que Napoléon lui a rendu le pouvoir, Ferdinand VII règne en monarque absolu sur l’Espagne. Toutes les réformes tant soit peu libérales qui avaient vu le jour précédemment sont abolies, les mairies sont dissoutes tandis que l’armée reprend possession des villes et villages et l’Inquisition elle-même fait son grand retour, pourchassant, condamnant et exécutant les mauvais catholiques (la dernière victime de l’Inquisition espagnole sera pendue en 1826). Ferdinand VII, quant à lui, fait la guerre aux libéraux qui contestent son pouvoir, au détriment de la santé du pays, qui n’est plus que ruines. Le grand Francesco Goya sut parfaitement rendre les abominations de cette guerre intestine dans ses dessins et peintures.

Le 1er janvier 1820, un coup d’état militaire porte les libéraux au pouvoir : Ferdinand VII est contraint d’accepter une Constitution libérale. Les libéraux imposent entre autres un Code Pénal moderne, la fin des privilèges de la noblesse, l’éducation publique gratuite, la suppression des frontières intérieures pour relancer le commerce, etc. Par ailleurs, de nombreux biens appartenant aux ecclésiastiques sont réquisitionnés et mis aux enchères pour renflouer les caisses de l’État. Bref, toutes réformes insupportables à un monarque tant soit peu bien élevé et un tantinet chatouilleux sur ses droits divins.

Les libéraux resteront au pouvoir durant trois ans (Triennat libéral), durant lesquels Ferdinand VII complotera, soutenu par l’Église, afin de rétablir sa puissance. Il rejoint la Sainte-Alliance, qui regroupe la Russie, la France, l’Autriche et la Prusse, laquelle décide d’intervenir en Espagne afin de restaurer l’absolutisme monarchique. En avril 1823, Louis XVIII, roi de France, envoie un corps expéditionnaire de 95 000 hommes, avec le Duc d’Angoulême (fils du futur Charles X) à sa tête, envahir l’Espagne : los Cien Mil Hijos de San Luis (les Cent Mille Fils de Saint Louis). Le 7 avril, l’armée française franchit les Pyrénées. Ne rencontrant que peu de résistance de la part de forces espagnoles mal préparées, le Duc d’Angoulême prend Madrid le 14 mai et y installe une régence sous son protectorat. Le gouvernement libéral se réfugie d’abord à Séville, puis, le 14 juin, à Cadix, emmenant avec lui un Ferdinand VII pourtant peu enclin à le suivre.

Le 31 août 1823, les forces libérales espagnoles sont mises en déroute en tentant de défendre deux forts à Puerto Real, une ville proche de Cadix. Le fort du Trocadéro, qui défend le port de la ville, est enlevé à la baïonnette, à marée basse, par les soldats français qui se sont jetés à l’eau. Le village de Trocadéro est ensuite enlevé par l’infanterie de ligne française. Ferdinand VII est libéré.

Les libéraux négocieront leur reddition en échange du serment du roi de respecter les droits des Espagnols. Celui-ci acceptera, mais fort de la présence expéditionnaire française, il reviendra sur sa parole et rétablira l’absolutisme de son pouvoir. Commencera alors une période d’exactions particulièrement violentes à l’encontre de ses adversaires. Ce sera la Década Ominosa, la Décennie abominable.

En 1826, une reconstitution de ce glorieux fait d’armes est mise en scène à Paris lors d’une parade militaire devant le roi de France Charles X. Un fort en carton-pâte est construit sur la colline de Chaillot et représente le « fort du Trocadéro », tandis que les troupes françaises s’élancent à sa conquête depuis le Champ-de-Mars. Youpi tagada !

Le Second Empire s’étant achevé fin 1870, la décence la plus élémentaire voulait qu’on rebaptise la place du Roi-de-Rome. Le nom de Trocadéro s’imposa de lui-même, tant en souvenir de la bataille victorieuse que de la reconstitution qui avait été faite à cet endroit.

C’est donc cette bataille du Fort du Trocadéro, qui permit le restauration d’un pouvoir monarchique réactionnaire, religieux, absolu et violent, que le nom de cette place célèbre encore aujourd’hui.

Certains symboles renaissent à jamais de leurs cendres.

 

LE MOT DU JOUR – 4 mars 2017

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Le Titanic, paquebot insubmersible.

Naufrage (nom masculin) : perte totale ou partielle d’un navire par un accident de navigation en mer (échouement, abordage, submersion, par suite du mauvais temps, d’incendie, d’explosion, etc.).

Étymologiquement, le mot vient du latin navis qui signifie bateau et de frangere, briser.

Depuis le XVIe siècle, par métaphore, on emploie le terme au figuré pour parler d’une destruction totale, d’un échec, d’une perte, d’une ruine financière. On l’emploie principalement pour désigner un projet personnel qui a non seulement échoué, mais a entraîné son initiateur et ceux qui l’ont suivi dans la plus complète des catastrophes.

Exemple : « Il s’est présenté aux élections. C’était imperdable ! Ce fut un naufrage. »

LE MOT DU JOUR – 14 février 2017

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contre les petites bêtes qui font BZZZZZZ, il y a…

Cupidon (nom propre) : dans la mythologie romaine, Cupidon, fils de Mars (sous réserve : aucun test de paternité n’a été fait) et de Vénus, est le dieu de l’Amour. Ses attributs sont l’arc, le carquois et la fleur. À l’aide de son arc, il envoie des flèches d’argent censées représenter les pointes du désir dans le cœur des dieux et des hommes. Selon la mythologie, quiconque est touché par les flèches (ou la fleur) de Cupidon tombe immédiatement amoureux de la personne qu’elle voit à ce moment-là.

Le mot devenant nom commun, il a désigné les petits génies ailés virevoltant autour de l’Amour et de Vénus.
Par analogie, il a ensuite été employé pour nommer les beaux jeunes hommes, puis les bellâtres en quête d’aventures féminines et enfin les homosexuels.

Le verbe latin cupere signifie désirer ; il a donné l’adjectif cupidus qui veut dire animé par le désir, passionné, qui désire ardemment, avide, et au final, par dérivation de sens… cupide, c’est-à-dire âpre au gain, avare, mercantile, vénal.

On comprend ainsi mieux pourquoi les marchands de vent utilisent toujours le joufflu bambin ailé pour la Saint-Valentin.

LE MOT DU JOUR – 11 février 2017

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une telle trique donne le trac

Matraque (nom féminin) : Gros bâton servant de canne et éventuellement de trique aux conducteurs d’animaux en Afrique du Nord, notamment aux chameliers.

De fait, le mot est originaire de l’arabe maghrébin maṭraqa, lui-même tiré de l’arabe classique miṭraqah qui signifie marteau.

Par analogie, le mot désigne aussi une arme contondante assez courte, constituée par un bâton de bois ou de caoutchouc durci souvent alourdi à une de ses extrémités par du fer ou du plomb, utilisée pour frapper quelqu’un et dont sont officiellement munis les policiers.

On ne pourra s’empêcher de noter la similitude de  sonorité et de sens avec le mot trique, qui n’a pourtant absolument pas la même origine : celui-ci est issu du francique strîkan, qui donna ensuite en vieux français estricque, un instrument de bois grossier qui servait à rader le grain. Par extension, l’estricque puis la trique désignèrent ensuite un simple bâton, puis un bâton de marche, et enfin un gourdin dont l’usage premier était bien d’aplatir le crâne de son prochain.

On nomma ainsi tricard celui qui était persona non grata et qui devait donc être chassé à coups de trique.

La trique finit donc par désigner l’autorité dans toute sa brutalité : « Celui-là, il ne marche qu’à coups de trique ! »

Est-ce le sentiment de supériorité, de domination par la force qui conduisit le mot trique à aussi désigner le sexe masculin en érection, ou simplement une très vague ressemblance de forme ? Cette dernière hypothèse serait évidemment exagérée, pour ne pas dire ridicule, et pour le coup « j’ai la matraque » est physiologiquement plus approprié que « j’ai la trique », quand bien même les deux renvoient à un comportement sexuel violent, qui est souvent l’apanage de petits bande-mou frustrés à l’intelligence médiocre, incapables de différencier force physique et puissance sexuelle, et qui recherchent dans ce qu’ils appellent l’ordre la possibilité d’exercer impunément une forme de sadisme refoulé vis-à-vis de leurs contemporains. Pas étonnant, dès lors, d’en retrouver un certain nombre chez ceux qu’on désigne – parfois improprement – par le terme gardien de la paix.

LE MOT DU JOUR – 26 novembre 2016

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ce dictateur-là était un tyran despotique !

Exceptionnellement, le mot du jour sera quadruple, afin de bien discerner les nuances de sens qui existent entre eux, et de ne pas se tromper en attribuant tel ou tel à certains grands de ce monde dont les médias se font l’écho.

Autocrate (nom masculin) : souverain dont le pouvoir est indépendant et absolu.
Étymologiquement, le mot vient du grec autokratês signifiant qui gouverne par lui-même, de auto- et kratein (gouverner).

Despote (nom masculin) : chef d’État qui exerce le pouvoir seul et sans contrôle, et qui gouverne avec une autorité absolue et arbitraire, quand bien même le pouvoir qu’il détient n’est pas absolu en soi.
À la fin du XVIIe siècle est apparue la notion de despotisme éclairé : le pouvoir y est toujours exercé par des monarques de droit divin, mais leurs décisions sont guidées par la raison et ils se présentent comme les premiers serviteurs de l’État. Le despote éclairé est supposé appliquer dans son État une partie des réformes religieuses, économiques et sociales inspirées des idées des philosophes du Siècle des Lumières, et éclairé par les principes de la raison humaine, se doit de gouverner dans l’intérêt du peuple.
Étymologiquement, le mot vient du grec despotês qui signifie maître.

Dictateur (nom masculin) : magistrat unique et souverain qu’on nommait extraordinairement à Rome, du temps de la République, en certaines circonstances critiques, et seulement pour un certain temps. Par une dérogation à la coutume établie, Jules César fut fait dictateur perpétuel. C’est pourquoi le mot se dit désormais, par extension, de tout chef investi, temporairement ou à perpétuité, d’une autorité souveraine et absolue et de tous les pouvoirs politiques.
Étymologiquement, le mot vient du latin dictator, supin de dictare (dicter).

Tyran (nom masculin) : souverain, personne détenant un pouvoir politique, qui exerce une autorité arbitraire et absolue, sans respect des lois et en usant généralement de méthodes oppressives et violentes.
Étymologiquement, le mot vient du latin tyrannus, lui-même tiré du grec turannos (même sens).

On le voit, despotes, dictateurs et tyrans sont tous des autocrates. Mais les despotes peuvent être éclairés, les dictateurs sont supposément contrôlés et leur pouvoir supposément limité dans le temps. Quant aux tyrans, bien que le mot semble tomber en désuétude dans les médias contemporains, c’est pourtant la forme la plus communément rencontrée de nos jours en ce bas monde, et aussi la plus violente.

LE MOT DU JOUR – 12 novembre 2016

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Votez Picsou !

Ploutocratie (nom féminin) : Régime politique dans lequel les personnes les plus riches exercent plus ou moins directement le pouvoir politique ou jouissent d’une influence prépondérante.

« À la nomination d’une petite minorité corrompue, la démocratie substitue l’élection par une masse incompétente » disait George Bernard Shaw. Encore faut-il emporter l’adhésion des masses. Et pour ce faire, l’argent est nécessaire. Non pour corrompre (enfin, si, un peu, ça huile les rouages, comme on dit), mais pour faire passer le message dans les médias, lesquels monnayent fort cher leurs colonnes et leur temps d’antenne.

La toute dernière élection présidentielle aux États-Unis aurait ainsi coûté… 3 milliards de dollars. Et un milliardaire a réussi à se faire élire par des gens simples en payant les médias pour faire passer le message que son adversaire était une ploutocrate ! Une telle mauvaise foi méritait bien une récompense. Et puis bon, c’est sans doute le plus doux des noms d’oiseaux dont il l’a affublée.

Mais de fait, sur les 29 candidats à l’élection, on n’entendit parler que des seuls deux principaux, et pour cause, puisque le collège des débats – l’autorité qui décide de qui débat avec qui en public – n’est constituée que de représentants des deux principaux partis, lesquels partis sont les deux principaux leveurs de fonds. Il n’est ainsi pas rare qu’un exotique et inaudible candidat fasse campagne avec 5 000 malheureux dollars seulement, le vouant à l’échec le plus honteux : celui des oubliés.

Le mot ploutocratie vient du grec ancien πλουτοκρατία, ploutokratia, qui a le même sens qu’aujourd’hui, avec le préfixe ploutos qui signifie richesse et le suffixe kratia qui veut dire pouvoir, autorité. La ploutocratie est donc le pouvoir de la richesse, ou même, plus précisément dans le cas qui nous occupe, le pouvoir qui va à la richesse.

Reste à savoir si le ploutocrate élu aura plus de pouvoir que les ploutocrates non élus, comme les grands patrons de Google, Apple, Facebook ou Amazon, qui ne portent pas le susdit dans leur riche cœur. Car si tout est une question d’argent, il pourrait bien suffire de quelques fortunes colossales pour mettre à bas un pouvoir acquis à coups de milliards par un seul.

LE MOT DU JOUR – 21 octobre 2016

Rafle (nom féminin) :

• Ensemble du pédoncule central ou axe et des ramifications d’une grappe de fruits, en particulier d’une grappe de raisins ou de groseilles. Axe de l’épi femelle de maïs, sur lequel sont fixés les grains. La rafle est ce qui reste d’une grappe ou d’un épi lorsqu’on en ôte les grains.

avant : l'épi après : les grains et la rafle

avant : l’épi
après : les grains et la rafle

Action de s’emparer de tout ce qui tombe sous la main sans rien laisser. Synonyme : razzia.
Coup où chacun des dés amène le même point et fait gagner toute la mise. Rafle d’as, de rois.

On le voit, la rafle est ce qui porte le bon grain, ou le gros lot, bref, ce qui a de la valeur. Mais la rafle, en elle-même, n’en a aucune. Paradoxalement, on rafle le grain et pas la rafle, et elle est généralement délaissée, jetée, brûlée.

On assiste à une dérive de sens au début du XXe siècle :

Arrestation massive opérée par la police à l’improviste. Synonyme : descente (de police), coup de filet.

La rafle n’est plus ce qui reste, mais la méthode utilisée. Le bon grain, quant à lui, se voit assimilé aux gibiers de potence. Déjà la politique du chiffre dans la Police ?

Le mot prendra une connotation bien sombre avec la Seconde Guerre Mondiale et sa funeste mais célèbre rafle du Vel’ d’Hiv’ : les 16 et 17 juillet 1942 se déroulera la plus grande arrestation massive de Juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre mondiale, à la demande du Troisième Reich, mais exécutée par la police et la gendarmerie françaises sur ordre du gouvernement de Vichy. 13 152 personnes seront arrêtées, dont 4 115 enfants, puis envoyées à Auschwitz. Une centaine d’adultes survivra à cette déportation, aucun enfant.

Il est intéressant de noter que, dès le XVIIe siècle, le mot rafle désignait aussi un piège, aussi bien à la chasse qu’à la pêche :

• CHASSE : Filet vertical à double maillage servant à prendre de petits oiseaux (grives, bécasses, merles).
• PÊCHE : Filet de pêche garni d’ailes et ayant plusieurs ouvertures à chaque extrémité.

Un piège, donc, une nasse. Le fameux coup de filet ci-dessus mentionné.

Le petit gibier et le menu fretin, vus d’un œil policier, ont bien grossi et finissent au panier à salade… avant d’être délaissés, jetés, brûlés ?

LE MOT DU JOUR – 5 octobre 2016

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où l’on déduit que le Monsieur de la photo est droitier…

Macronychie (nom féminin) : terme médical usité en dermatologie et désignant une croissance excessive des ongles, tant en longueur qu’en vitesse de pousse.

L’étymologie du mot vient du grec macro qui signifie grand ou gros, et de onyx qui veut dire ongle ou sabot.
Notons que le ch se prononce k.

ATTENTION : on pourrait croire, en voyant le préfixe macron, qu’il s’agit d’une longueur anormale de la dentition, mais il n’en est rien.

Et c’est ici que s’achève ma chronique 😉

LE MOT DU JOUR – 4 octobre 2016

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Kinnara (nom masculin) / Kinnari (nom féminin) : génies de la mythologie indienne, subordonnés à Indra, mi-hommes, mi-animaux, parfois représentés comme jouant d’un instrument de musique.

Dans la mythologie bouddhique et la mythologie hindoue, un kinnara est un amoureux exemplaire, un musicien céleste, mi-homme mi-cheval (en Inde) ou mi-oiseau (Asie du Sud-Est). Son équivalent femelle est la kinnari. Leur caractère est décrit dans le premier livre (Adiparvan) du Mahābhārata, où ils déclarent :

« Nous sommes sans fin amoureux et aimés. Nous ne nous séparons jamais. Nous sommes éternellement mari et femme ; nous ne devenons jamais mère et père. Nulle descendance n’apparaît dans notre giron. Nous sommes amoureux et aimés toujours embrassés. Nous n’admettons entre nous aucune autre créature demandant de l’affection. Notre vie est une vie de plaisir perpétuel. »

Ils apparaissent également dans plusieurs textes bouddhiques, dont le Sutra du Lotus.

Comme les nâgas ou l’aigle Garuda, les kinnaras habitent l’Himavanta, la forêt mythique qui entoure la base du Mont Meru.

Dans la mythologie d’Asie du Sud-Est, les kinnaris ont le haut du corps d’une femme, et les ailes, la queue et les pieds d’un cygne. Elles sont renommées pour leurs danses, leurs chants et leurs poèmes et représentent un symbole traditionnel de beauté, de grâce et d’accomplissement féminins.

LA LANGUE POUR LES NULS

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Puisque nous ne sommes pas tous également aptes à dompter un lion, désormais les fauves auront les dents arrachées et les griffes coupées.

Si vous n’êtes pas de mon avis, c’est que vous êtes un facho.

L’argument est imparable. Ridicule, certes, mais simple. Simplissime. Donc imparable.

Et ainsi les défenseurs de l’accent circonflexe et d’un certain beau parler se retrouvent-ils classifiés et estampillés « extrême-droite », « réactionnaires », « conservateurs » et, pire que tout, « élitistes » !

Car être élitiste, c’est être contre le peuple, c’est bien connu. Rien, ni personne ne doit pouvoir émerger de la base, du niveau zéro, et s’élever au-dessus de cette masse : C’EST MAL ! Et c’est d’extrême-droite, donc.

Dès lors, si une chose ou un concept est tant soit peu complexe, il doit être simplifié pour pouvoir être appréhendé par tous, sans distinction. On l’a déjà vu avec le baccalauréat : 80 % d’une classe d’âge doit l’avoir ! L’examen ne valide plus un niveau de connaissances, mais juste le fait d’avoir 18 ans. Ne pas avoir le bac étant stigmatisant, tout le monde doit l’avoir. Quitte à créer des baccalauréats option macramé si c’est nécessaire. Le résultat ? un examen qui n’a plus ni sens ni valeur. Quant à l’élite, elle est toujours là.

Notre langue est complexe, pleine de chausse-trapes orthographiques ? Certains de nos concitoyens ont du mal avec elle ? Simplifions-la ! Nivelons par le bas ! Car sinon, de même, ça serait les stigmatiser. Ah… En quoi ? Certains écrivent mal, dès lors nous devons tous mal écrire ? Certains parlent mal, dès lors nous devons tous mal parler ? Je lis chaque jour des dizaines de personnes sur les réseaux sociaux, avec leurs fautes. Pour autant, je ne les critique pas sur leurs lacunes orthographiques. D’ailleurs, je n’en suis moi-même pas exempt. Me sens-je supérieur parce que j’écris mieux qu’elles ? Non : nous avons tous nos domaines de compétences privilégiés.

Par conséquent, la langue doit être abaissée au niveau le plus bas, pour permettre à ceux qui ne la maîtrise pas ou mal d’être sur un pied d’égalité – une égalité de quoi, on ne sait – avec cette élite ainsi rabaissée.

En 2008, André Chervel, agrégé de grammaire et docteur ès lettres, proposait même de supprimer les « y » (ceux qui ne correspondent pas à un double « i »), supprimer les « h » après les « t » ou les « r », remplacer « ph » par « f » si la prononciation le permet. C’est-à-dire, pour résumer et extrapoler, écrire en phonétique. La raison de cela ? Je cite : « L’orthographe est, de la même façon, en train de devenir une pratique d’élite, et du même coup un handicap social pour ceux qui ne la maîtrisent pas et ne pourront plus accéder à un certain nombre d’emplois. » Le chômage comme prétexte pour réformer une langue !

Simplifier, il faut SIM-PLI-FIER.

Simplifier la langue. Simplifier les concepts. Simplifier la compréhension. Simplifier les relations humaines. Simplifier la pensée. Et voilà comme on passe de la simplification au simplisme, celui-là même cher aux démagogues, dont ceux d’extrême-droite. « 5 millions de chômeurs, 5 millions d’immigrés ! », c’est simple. Pas besoin de creuser, pas besoin de comprendre, une moëlle épinière (oui, je mets encore un tréma sur le e de moëlle) est bien suffisante pour s’émouvoir et s’indigner, et il n’est jamais utile d’aller plus loin que les apparences.

Eh oui, n’en déplaise à ceux qui souhaitent la contraindre et l’amputer, une langue complexe permet un raisonnement complexe. En la mutilant de la sorte, ils n’arriveront qu’à créer une langue annexe, une sous-langue pour un sous-peuple tête baissée et aux ordres, tandis qu’eux-mêmes continueront d’user de tous les signes diacritiques disponibles, adoptant en cela les méthodes d’une Église prônant la pauvreté et se vautrant dans les ors et les fastes.

LES MÉTIERS DU 21e SIÈCLE : ANIMATEUR D’ENFANTS

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Beaucoup d’appelés, mais peu d’élus : la France manque de talents !

Il existe une foultitude de métiers nouveaux, particulièrement en phase avec notre époque. Aujourd’hui : ANIMATEUR D’ENFANTS.

Pour ceux qui ne visualiseraient pas très bien ce qu’est un enfant, je rappelle qu’il s’agit d’un tas de chair flasque et molle par nature, qui se répand avec un son gras où on le dépose, et reste là, en flaque inerte, à baver stupidement devant les One Direction ou « Touche Pas À Mon Poste ».

Aussi convient-il d’embaucher des animateurs pour prêter un semblant de vie à ces êtres plus proches du mollusque que du bovidé, tant par la forme que le quotient intellectuel.

Ces animateurs sont généralement des étudiants qui se forment en vue de devenir techniciens pour les studios de cinéma, avec une spécialisation dans les animatronics, ces marionnettes robotisées ultra-perfectionnées et réalistes.

Bien sûr, un enfant est beaucoup plus aisé à animer et s’apparente davantage à une marionnette à manchon qu’à un T-Rex robotisé.

L’animation d’enfants permet donc aux futurs techniciens du cinéma de se former sur le tas (formule ô combien à propos !) et d’intégrer, peut-être, ensuite, les plus grands studios hollywoodiens.

C’est par exemple ainsi que débuta Howard W. Griffin, qui est bien entendu totalement inconnu du grand public, mais très réputé à Hollywood pour avoir animé de façon très artistique Macaulay Culkin dans « Maman, J’ai Raté l’Avion ».

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Quel réalisme dans l’expression ! Quel talent, ce Howard W. Griffin !

CANON

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Photographie : MissShyly by Solarstorm Photography

Canon : nom masculin. En art, ensemble de règles fixes servant de module pour déterminer les proportions des statues, conformément à un idéal de beauté. Ex. :  Canon de Polyclète, de Lysippe.

« Les dimensions du corps ne varient pas seulement suivant le sexe, mais encore avec les races et suivant les conditions d’âge, de milieu, de climat, etc. Cela explique la diversité des canons. Il en est autant que de races. Aucun n’a la prétention de fixer un idéal de beauté ou de santé. Mais tous ont leur utilité en donnant un aperçu de la conformation corporelle moyenne. »
Prof. André Binet, « Morphologie médico-artistique : les Formes de la Femme » (1946)

LE MOT DU JOUR – 18 juin 2014

marteau

tout marteau qui frappe monnaie n’est pas nécessairement bouvard

Bouvard (ou bouvart) (nom masculin) : gros marteau utilisé pour frapper les monnaies avant l’invention du balancier. L’étymologie du mot est inconnue.

« Si j’avais un bouvard,
Je frapperais le jour,
Je frapperais la nuit,
J’y mettrais tout mon cœur… »
Blues du marteleur de monnaie – artiste inconnu

Bouvard est aussi employé pour désigner un jeune taureau ou bœuf. Il est alors synonyme de bouvillon.

LE MOT DU JOUR – 16 juin 2014

blason

Quel beau rouge !

Sinople (nom masculin) : en héraldique, mot désignant la couleur verte.

L’héraldique est la discipline ayant pour objet la connaissance et l’étude des armoiries. Cette science use d’un vocabulaire très précis pour décrire les différents blasons.

Ainsi, chaque couleur porte un nom spécifique.

Voici les principales :

Émaux :

  • jaune ➡ or
  • blanc ➡ argent
  • gris ➡ acier

Couleurs :

  • bleu ➡ azur
  • rouge ➡ gueules
  • vert ➡ sinople
  • noir ➡ sable
  • orange (rare) ➡ orangé ou aurore
  • violet foncé ➡ mûre
  • violet clair ➡ pourpre
  • marron ➡ brun

200px-Blason_Sartilly.svgLe blason de Sartilly (commune de la Manche) se décrit donc de la façon suivante : « De sinople au cheval gai (gai : sans bride ni licol) d’argent surmonté d’une coquille d’or. »

Le sinople a pourtant une spécificité. En effet, étymologiquement, le mot vient du latin sinopis, qui signifie… « terre rouge », du fait de la teinte du sol autour de la ville de Sinope, port de Paphlagonie !

Ce n’est qu’au milieu du XIVe siècle que le mot change brusquement de sens, sans que l’on sache pourquoi, pour désigner le vert (qui jusque là se disait… « vert » !) Est-ce dû à un héraldiste daltonien ? ou à la confusion, à l’oral, qui pouvait subvenir entre vert et vair (motif alternant les formes de cloches et de pots) ? L’énigme reste entière.