LA VERRUE

Vous avez une petite verrue sur le bras.

• Le Dr Le Pen dit : « C’est une verrue islamique, ça se voit au fait qu’elle n’est pas bien blanche et qu’elle cherche à remplacer la peau saine ! Il faut couper le bras ! Je sors ma tronçonneuse ! On fait ça tout de suite ! Adolphe, Rodolphe, laissez ce bougn… ce migrant de musulmanie tranquille, vous le ratonn… vous le reconduirez à la frontière plus tard, et venez tenir fermement Monsieur pendant que j’opère ! »

• Le Dr Mélenchon dit : « Plan A : je vais voir la verrue, je lui dicte mes conditions et si elle les refuse, Plan B : je vous coupe le bras avec ce fil à beurre ! C’est pas méchant un fil à beurre, ça peut pas faire de mal, n’est-ce pas ? D’ailleurs, Chavez avait toujours un fil à couper le beurre sur lui, c’est un signe ! Et je peux vous dire qu’aucune verrue n’a plus jamais osé pointer le bout de son nez dans ce paradis sans verrue qu’est le Vénézuela ! »

• Le Dr Fillon dit : « Si vous avez une verrue, c’est à cause des 35 heures. Si vous aviez travaillé 40 ou 45 heures, vous n’auriez pas eu le temps d’aller à la piscine et vous n’auriez pas de verrue. Du coup, on aurait pu supprimer les postes de caissières, d’agents d’entretien et de surveillants de baignade de la piscine municipale, qui ne peut ouvrir qu’avec les subventions qui plombent le budget de la commune, du département, de la région et de l’État ! Votre verrue, en fait, c’est une verrue d’assisté, c’est le cancer de la société ! Ça fait 23 € pour le diagnostic, et autant pour Pénélope l’infirmière qui passera peut-être dans les jours qui viennent, si elle a le temps. »

• Le Dr Poutou dit : « ‘tain, toi, t’as une verrue, c’est moche, mais on s’en fout, t’es comme nous, tu viens comme t’es, et ensemble, on fera bouger les choses ! Ouais ! Quand tu vois combien ça coûte de les faire enlever, les verrues, t’es dég’ ! mais nous, c’est pour ça qu’on veut que les soins soient gratuits pour tous, même pour les gars qui ont des verrues, tu vois. Alors on propose d’interdire les verrues, comme ça, hop ! c’est fait et y a plus de problème. Si t’es d’accord, prends une banderole, on va défiler. »*

• Le Dr Macron dit : « Oh ! vous avez un bras ! C’est très bien ! J’aime les gens qui ont un bras ! Oh ! Et moi, j’ai une montre ! Regardez-la… détendez-vous… vos paupières sont lourdes… je vais dire n’importe quoi pendant une heure et quand je claquerai des doigts, vous aimerez les verrues, les verrues seront vos amies, et vous m’aimerez encore plus que les verrues. »

• Le Dr Hamon dit : « Coupez une rondelle de citron bio, appliquez-la sur la verrue, mettez une bande autour… changez la rondelle de citron tous les jours. Dans une semaine, dix jours au pire, vous n’aurez plus de verrue. Non, ne me remerciez pas, c’est tout naturel. Sinon, vous pouvez me rendre un petit service ? ôter la banderille que j’ai dans l’épaule gauche, ça fait un mal de chien… Vous n’y arrivez pas ? Tant pis, ça n’est pas grave, je vais continuer comme ça… Je suis désolé pour le sang sur la moquette… Vous voulez que je nettoie ? non ? bon, je vais m’en aller, doucement, sans faire de bruit… ne vous dérangez pas, je referme derrière moi. »

• Le Dr Asselineau dit : « Ce n’est pas une verrue, du moins pas au sens où l’article 7 alinéa 4 du Traité de Médecine Dermatologique l’entend ! Car je suis LE SEUL à pouvoir éradiquer votre verrue, et le peuple souverain l’a bien compris puisque 4 milliards d’électeurs ont regardé ma vidéo sur Youtube, bien plus que pour le clip Gangnam Style ! »

• Le Dr Cheminade dit : « Ah ! c’est une verrue extra-terrestre… On vous a enlevé, dernièrement ? Avez-vous déjà rencontré un agent du FBI nommé Mulder ? Il vous dirait, comme moi, que ce sont les Illuminatis qui dirigent la finance et nous exploitent, car ils ont besoin d’or pour faire fonctionner leur vaisseau spatial. Je les ai vus. Je cherchais un raccourci que je n’ai jamais trouvé, mais… Ah ! les voilà ! ils me cherchent ! vous êtes avec eux ! Au secours !!!! »

• Le Dr Arthaud dit : « Camarade, c’est une verrue patronale que tu as là, tu es exploité par la grande bourgeoisie, une victime dermatologique de l’impérialisme capitaliste mondial ! Révolte-toi, camarade ! Et si tous les prolétaires verruqueux veulent bien se donner la main et lancer les pavés, nous abattrons le régime totalitaire des grands patrons qui se goinfrent à la sueur du front et à l’huile du coude des travailleurs et des travailleuses ! »

• Le Dr Lassalle dit : « Mon cher commpatriôte, féi »nhguo mfzgour verrue azfuifrabnlnao, les ours, uo’g fabvarunagrom, les loups, zerguoa ruiomn, les cavernes, vive la Frânsssse. »

Alors qu’en fait, cette verrue, tout le monde sait que c’est à cause du poumon !

* L’ordre de passage des médecins a été tiré au sort devant huissier.

DÉCORTICAGE 6

Une affiche fort intéressante, qui en dit long ! Très long !

Outre les dates de l’élection, en tout petit, c’est le slogan qui vient en premier. Et quel slogan ! Tout en majuscules, il tient sur 2 lignes :

  • ligne 1 : « REMETTRE ». La définition de ce verbe est assez claire : rétablir les personnes, les choses dans l’état où elles étaient auparavant. Il s’agit donc d’un retour en arrière, de revenir vers un passé supposé meilleur que le présent. C’était mieux avant, en somme.
  • ligne 2 : « LA FRANCE EN ORDRE ». Il ne manque que le point d’exclamation. LA FRANCE est ici écrit en caractères normaux, tandis qu’EN ORDRE est en caractères gras. L’ordre est plus important que la France. C’est d’ailleurs par ces mots que le slogan se termine, leur donnant une puissance supplémentaire. On n’est pas là pour rigoler, tout le monde en rang par deux, en avant, marche ! Une, deux, une, deux !
  • un post-it bleu marine (!) précise : « en 5 ans », ce qui sous-entend que la candidate va devoir mettre les bouchées doubles ! Ce faisant, elle nous promet du sang et des larmes, mais il faut sans doute – d’après elle – en passer par là pour rétablir l’ordre dans la France d’aujourd’hui.

La photo de la candidate est aussi pleine de sens. Si l’on regarde bien la position de l’épaule droite et le mouvement du bras, on serait en droit de penser qu’il s’agit… d’un selfie ! La candidate se photographierait-elle elle-même ? « Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ! » exigeait la reine cruelle…

Le fond de la photographie représente un fond gris bleuté avec un effet d’ombre sur le côté droit de l’image, ce qui, dans le sens de lecture occidental – et ne doutons pas que ce sens de lecture lui soit cher ! – représente l’avenir. Cela va dans le sens de son propos : l’avenir est plus sombre que le passé, alors votez pour moi et nous ramènerons la France à cette époque bénie… À moins, bien sûr, qu’inconsciemment, elle nous avertisse que l’avenir, avec elle, sera plus sombre ? Cela pourrait expliquer la robe noire, signe de deuil…

Enfin, en bas à droite, comme il se doit, le logo, qui est en lui-même un double slogan, écrit en italique pour impulser une dynamique.
D’abord, « AU NOM DU PEUPLE », dans une police script, encore tout en majuscules.
Le FN (curieusement absent de l’affiche) se revendique comme le parti des classes les plus défavorisées, des petites gens, des victimes du système.
Puis, dessous, « MARINE Présidente ».
Je crois que c’est la seule affiche qui ne porte pas le nom du candidat, mais simplement son prénom. Il faut dire que le nom Le Pen est un véritable boulet à porter. La candidate s’en est débarrassé, comme elle s’est débarrassé du nom du parti, lui aussi trop connoté. Dédiabolisation + informalité = capital sympathie.
Le mot « Présidente » est écrit en minuscules (hormis l’initiale) et en gris. L’important, c’est le prénom, pas la fonction.
Enfin, une rose bleue (pour la différencier de la rose socialiste, sans doute) vient couper les deux slogans. Étonnamment, la fleur est à gauche, sur la poitrine de la candidate, tandis que la tige pointe vers l’avenir, telle la lame d’une épée. On part donc de la candidate qui est telle une fleur épanouie et nous allons vers les racines, thématique chère au FN. Les Français de souche devraient apprécier.

DÉCORTICAGE 5

On va faire vite…

Nous avons là une photo du candidat, tourné vers l’avenir, l’œil fixé sur la ligne bleue des Vosges Pyrénées, la truffe humide et la narine palpitante, l’oreille dressée : l’homme est un chien de chasse à l’arrêt qui a flairé une proie.

Mais où donc est le candidat du terroir ? où est le soleil du Sud-Ouest ? et la France  ? nous n’avons là qu’un candidat endimanché, terne sur fond gris… Sans doute une photo prise vite fait dans un bureau par un collaborateur, à l’aide d’un smartphone… du bricolage.

« Le temps est venu. » nous dit le slogan. De ? Pour ?
Si on prend une loupe, on saura qu’il s’agit de l’élection présidentielle. Mais la loupe servira plus utilement à pouvoir lire son résultat au soir du 1er tour.

DÉCORTICAGE 4


Bon, on ne va pas trop s’étendre sur ce cas, sinon pour dire que l’élection présidentielle est l’occasion de faire entendre des voix habituellement inaudibles, et de faire passer des messages ordinairement ignorés.

Sauf que le mieux est l’ennemi du bien, que trop d’info tue l’info (je me tue à le dire à mes clients !) et que le raccourci geek TLDR* est ici parfaitement approprié.

Quant à la conception, qui semble bricolée à l’aide de MS Publisher (un comble !), on relèvera simplement deux petites fioritures, les lignes de fuite jaunes, qui donnent une dynamique en pointant vers la droite, c’est à dire vers l’avenir dans un sens de lecture occidental.

La faucille et le marteau parachèvent une composition qui nous ramène de fait au temps de la guerre froide.

* (Too Long, Didn’t Read)

DÉCORTICAGE 3

Nous avons ici une affiche particulièrement travaillée, très esthétique, qui en dit bien davantage qu’il n’y paraît au premier regard.

Jean-Luc Mélenchon y est étrangement placé à droite de la composition, ce qui ne semble pas correspondre à son positionnement politique. Qui plus est, dans un contexte de lecture occidental, fermer ainsi le bord droit, c’est fermer l’avenir et se tourner vers le passé (le côté droit – dextre – est traditionnellement le symbole du droit (!), de l’avenir, de ce qui avance, du bien, tandis que le côté gauche – senestre – représente le passé, le mal (sinistre), le recul.
Dès lors, on serait tenté de se dire « Holalalalala ! quelle conception foireuse ! »
Mais il n’en est rien et le message intrinsèque est bien plus subtil !

Jean-Luc Mélenchon se veut le fossoyeur de la Ve République et dit qu’il sera donc le dernier président de ce régime. Il s’agit donc effectivement d’une fin : la Ve n’a plus que lui comme avenir. Il ferme donc cette porte. Son positionnement est donc logique dans cette optique. Mais cela va encore plus loin.

Le candidat est ici représenté sur un fond de ciel nuageux, mais pas tourmenté. Son visage est serein (nous sommes loin de sa formule « je suis le bruit et la fureur » de 2012), il nous regarde bienveillamment. Les couleurs sont pâles, un filtre polarisant a été appliqué, tout est clair, éthéré, transparent.

Doyen des candidats, Jean-Luc Mélenchon se présente en sage apaisé, en bon pépé gâteau qui a pris de la hauteur au point d’être au cœur des nuées. Et qui, je vous le demande, siège ainsi dans les cieux en posant un regard paternel et bienveillant sur l’Humanité ? Dieu lui-même. Un dieu laïc, pour ne pas dire laïcard, qui va créer un nouveau monde, un monde meilleur, la VIe République, dans lequel l’Homme pourra s’épanouir. D’ailleurs, le mot « France » est absent de la composition, et les symboles de la République aussi. Le candidat se veut plus universaliste.
Jean-Luc Mélenchon, admirateur de François Mitterrand, endosse enfin le costume de son dieu-le-père politique !

Le logo de la France Insoumise, la lettre Phi, est ici utilisée comme un signe cabalistique, qui permet aux adeptes de cette religion nouvelle de se reconnaître. Seule la lettre grecque – les Grecs nous ont apporté la démocratie – est en rouge, symbole traditionnel de la gauche. Mais tout le reste est dans des teintes pastel. D’ailleurs, le logo est placé en bas à gauche. C’est déjà le passé, une base sur laquelle le candidat s’est appuyé pour s’élever. Et de fait, les lignes de la photo forment une diagonale allant de ce coin inférieur gauche au coin supérieur droit, une diagonale ascendante qui va de gauche à droite, donc une ligne qui va de l’avant et qui prend de la hauteur, passant par le candidat, et allant jusqu’au ciel, au Paradis.

Le texte consiste en un simple slogan : « LA FORCE DU PEUPLE » avec une césure avant le mot « PEUPLE ».
On a ainsi « LA FORCE DU » sur la 1ère ligne, dans une casse de bonne taille. Cette force est aussi celle du candidat.
Puis, sur une 2e ligne, seul, en grand et gras, le mot « PEUPLE » juste au-dessus de la tête du candidat : si Jean-Luc Mélenchon est Dieu, un dieu à la fois destructeur et créateur, il se situe encore néanmoins SOUS le peuple, placé ici au Panthéon, mais aussi PORTÉ par le candidat.
Tandis que le slogan est écrit intégralement en majuscules, le nom du candidat est lui en minuscules : l’homme est moins important que sa mission, son sacerdoce.

Dernier détail intéressant : la plupart des candidats ont indiqué sur leur affiche les dates des deux tours de l’élection. Celle de Jean-Luc Mélenchon ne donne que la date du 1er tour.
Dieu ne croirait-il pas en lui-même ?

DÉCORTICAGE 2

Malheureusement, l’affiche de Benoît Hamon est à l’instar de sa campagne : sans esbroufe jusqu’à la platitude, didactique et dépourvue de créativité, esthétiquement inexistante, bref banale, ce qui ne représente guère le candidat au programme de rupture.

Que voyons-nous ?

Benoît Hamon est à gauche de l’affiche, ce qui, pour un homme de gauche, semble tomber sous le sens. De trois quarts, allant donc vers l’avenir selon le sens de lecture occidental, il se tourne légèrement vers le spectateur en souriant. Tout cela est positif.
Mais ce faisant, cela donne à son corps une courbure vers l’arrière un peu étrange, avec des épaules à des hauteurs différentes, et à la photo une ligne presque diagonale allant du coin supérieur gauche au coin inférieur droit, c’est-à-dire… une descente ! Symboliquement, ça n’est guère heureux.

Les couleurs sont celles de la France : costume et cravate bleus, chemise blanche, slogan rouge. Mais étrangement, le rouge, traditionnellement réservé à la gauche, est hors du candidat. Certes, c’est son projet qui est en rouge, un projet de gauche, donc. Mais le rouge du sang (faire battre le CŒUR de la France) est donc « à côté ». Le candidat est exsangue. Et il ne manque qu’un petit tuyau pour le montrer sous perfusion avec une poche de sang à ses côtés. De fait, sa chemise blanche et son teint un peu surexposé viennent renforcer cette impression : ça manque de chair, de tripe, de sang.

Le fond, totalement absent, gris très pâle, terne, est pire encore : le candidat est dans le vide, il ne vient de nulle part, ne va nulle part, n’est accompagné de personne ; il est sans contexte, sans environnement, sans temps, sans rien.

Au niveau du texte, on est dans la symbolique primaire :

1ère ligne : MON PROJET
De fait, c’est l’affiche du candidat Hamon, pas celle du PS, dont le nom ou le logo n’apparaissent nulle part. Et pour cause, la simple mention « PS » serait un repoussoir à électeurs !

2e ligne : POUR est le mot écrit le plus grand. C’est un des gimmicks de la campagne de Hamon : pour une fois, vous pourrez voter POUR quelque chose, quelqu’un, un projet, et non plus contre un autre candidat honni. Bon. Pour ceux qui ignorent ce détail, ça ne va pas parler, et je doute que l’effet subliminal soit décisif sur le choix de l’électeur.

« FAIRE BATTRE LE CŒUR DE LA FRANCE » est en creux sur un bloc de couleur rouge. Ça met en valeur. Certes. Niveau BTS « maquettage » 1ère année.
Mais surtout, ce « FAIRE BATTRE » tout seul sur une ligne a un effet désastreux !

« LE CŒUR » est en grand. Hamon en appelle à notre sympathie : on l’aime bien, on a bon cœur, on vote pour lui. Hélas, on vote selon ses convictions, pour un président de la République, pas pour qu’un copain soit délégué de classe.

« DE LA FRANCE » vient finir le slogan, mais en plus petit, comme si la France était la moindre des valeurs mises en avant.

Le nom du candidat est est en creux sur un bloc, vert celui-là, sans doute une concession à Yannick Jadot. Bon, rouge, vert, bleu, blanc, ça fait un peu Arlequin ou perroquet des îles, mais c’est joyeux…

La police de caractères utilisée est sobre, sans empattement ni fioritures, très lisible, un peu grasse. Mais employée dans sa forme droite, ce qui ne dynamise pas l’ensemble.

Ensuite, nous avons en plus petit l’ensemble des icônes de réseaux sociaux, le site internet et le hashtag (pardon ! mot-dièse) qui permettent de suivre la campagne… ça fait moderne, jeune, mais est-ce bien leur place sur une affiche papier ?

Bref, une affiche insipide et sans ambition.
Comme sa campagne ?

[EDIT du 11 avril] La dernière version de l’affiche officielle a légèrement été remaniée, comme on peut le voir ci-dessous :

On lui a débranché le goutte à goutte, sa photo a été recadrée sans pour autant résoudre le problème des épaules, son nom est de nouveau en rouge et le vert des écologistes est minimisé. C’est un peu mieux, mais ça ne fait toujours pas vibrer.

DÉCORTICAGE 1

Ces prochains jours, et à mesure qu’elles seront dévoilées, nous passerons en revue les affiches des différents candidats à la présidentielle, si toutefois il y a quelque chose d’intéressant à en dire.

Aujourd’hui, l’affiche du candidat Emmanuel Macron.

Intéressante affiche, très parlante.

Décortiquons-la.

D’abord la photo :

  • Emmanuel Macron, de face, en plan poitrine (coupé un peu haut), regarde le spectateur droit dans les yeux, façon Oncle Sam « I want YOU », ou façon hypnotiseur d’émission tv.
  • Il est suivi par 3 personnes floues et coupées, plutôt jeunes, dont une personne de couleur ; le message est clair : « qui que tu sois, suis-moi ! ce que tu es n’a aucune importance »…
    C’est Jésus et ses disciples, à condition que les disciples soient jeunes : pas question d’avoir un barbon grisonnant sur la photo, ça plomberait le concept !
  • Il est dans un environnement urbain, fermé, mais avec tout de même un peu de verdure : la France d’Emmanuel Macron n’est pas rurale comme celle, jadis, de Mitterrand, elle se veut moderne, ce qui se traduit par l’urbanité, mais une urbanité de beau quartier, pas de cité.
  • Les lignes de la photo forment un triangle pointant vers le haut (sans ciel), formé par Macron lui-même qui remplit presque tout l’espace : il est la pyramide, une base forte et une tête, la sienne, il est tout, le reste n’a pas d’importance (d’où le fait que les autres sont incomplets et flous).

Voyons le texte, maintenant.

  • La 1ère chose que nous lisons est « Macron Président » : pas de chichi, le but, c’est que l’homme en question accède au pouvoir et rien d’autre ! Déjà, on l’appelle Macron et non Emmanuel Macron ; la photo incarne énormément, mais le texte chosifie. On est davantage dans le concept publicitaire.
    L’importance de l’enjeu est donnée par la majuscule au mot président. Autre concept publicitaire, en ne donnant que ces deux mots et en les accolant de la sorte, on crée un lien dans l’esprit du spectateur : Macron = Président.
  • La police de caractères utilisée est sans fioriture, mais en italique, pour donner une dynamique dans le sens de lecture : on va de l’avant, mais pas trop non plus, l’italique étant assez léger.
  • En plus petit, une citation du candidat (puisque mise entre guillemets) : “La France doit être une chance pour tous.”
    Le concept même de France est donc relégué au second plan. Déjà, les guillemets ne sont pas des guillemets français, mais anglais. La césure de la phrase se fait au milieu, on a donc une première ligne « La France doit être », ce qui veut bien dire que le pays DOIT SE PLIER à la volonté du candidat. Ce n’est pas « La France sera », mais la France DOIT ÊTRE. Donc si elle ne devient pas, ce ne sera pas la faute du candidat. Par là, il se déresponsabilise déjà d’une éventuelle défaite ou du fait qu’il ne tiendra pas ses promesses.
  • La dernière ligne est celle qu’on retiendra davantage, puisque dernière chose qu’on lit : « une chance pour tous. »
    Et là, on oublie la France qui précède pour se recentrer sur le candidat : puisque la France doit être ce que veut le candidat, c’est ce dernier qui devient une chance pour tous. Mais pour tous qui ? les Français ? les Européens ? les jeunes ? on ne sait. Et en fait, ça n’est pas important.
    Le point final marque la décision et la fermeté.
  • Il n’y a rien d’autre à lire : le nom du parti est absent ; ce n’est pas anodin : toute l’affiche montre qu’il s’agit d’une démarche personnelle et individuelle, de la trajectoire d’un homme faisant l’ascension d’un pouvoir en s’appuyant sur un pays. « En Marche ! », c’est déjà du passé, du flou en arrière plan sur la photo.
  • Le bloc texte est bleu, couleur ordinairement attribué à la droite, mais nous avons là un bleu pâle, coordonné à la chemise du candidat. On est donc dans le centre droit. Nulle part il n’y a de rouge ou de rose, si ce n’est le teint de pêche du candidat. Le message est clair.

Une affiche à la limite du culte de la personnalité. On va droit à l’essentiel, et l’essentiel, c’est lui, pas le pays ni le peuple. D’ailleurs, le quasi-obligatoire bleu-blanc-rouge n’apparaît nulle part. La France n’est pas l’objectif. L’objectif, c’est Macron Président. De quoi ? de qui ? peu importe !

Étonnant concept.

LE CANDIDAT IDÉAL

Votez Jack !

VOTEZ
JACK L’ÉVENTREUR !

• le seul candidat qui prône réellement l’ouverture !
• il soutiendra la presse du mieux qu’il pourra ;
• il luttera efficacement contre la prostitution et le proxénétisme ;
• il s’engage à réduire la consommation d’énergie en n’éclairant plus les rues des villes ;
• le meilleur rempart contre le FN : il videra Marine Le Pen de ses entrailles et les éparpillera partout sur le plateau télé de France 2 :
• un candidat qui a des tripes, même si ce ne sont pas les siennes !
• le candidat dont vous serez content qu’il ne tienne pas ses promesses !
#jackléventreur2017

LE MOT DU JOUR – 5 mars 2017

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Ferdinand VII d’Espagne, grand humaniste, esprit éclairé et joyeux compagnon, toujours la blague aux lèvres et le coussin péteur à portée de main

Exceptionnellement, le mot du jour est un nom propre.

Trocadéro : la place du Trocadéro, de son vrai nom « place du Trocadéro-et-du-11-Novembre » depuis 1978, se situe dans le 16e arrondissement de Paris.

Créée en 1869 sous le second Empire en tant que « place du Roi-de-Rome » (en hommage à Napoléon II, l’Aiglon), elle prit le nom de Trocadéro en 1871, baptisée ainsi en souvenir de la bataille du même nom.

De quelle bataille s’agit-il ? Un peu d’histoire espagnole s’impose.

Depuis 1814, et après que Napoléon lui a rendu le pouvoir, Ferdinand VII règne en monarque absolu sur l’Espagne. Toutes les réformes tant soit peu libérales qui avaient vu le jour précédemment sont abolies, les mairies sont dissoutes tandis que l’armée reprend possession des villes et villages et l’Inquisition elle-même fait son grand retour, pourchassant, condamnant et exécutant les mauvais catholiques (la dernière victime de l’Inquisition espagnole sera pendue en 1826). Ferdinand VII, quant à lui, fait la guerre aux libéraux qui contestent son pouvoir, au détriment de la santé du pays, qui n’est plus que ruines. Le grand Francesco Goya sut parfaitement rendre les abominations de cette guerre intestine dans ses dessins et peintures.

Le 1er janvier 1820, un coup d’état militaire porte les libéraux au pouvoir : Ferdinand VII est contraint d’accepter une Constitution libérale. Les libéraux imposent entre autres un Code Pénal moderne, la fin des privilèges de la noblesse, l’éducation publique gratuite, la suppression des frontières intérieures pour relancer le commerce, etc. Par ailleurs, de nombreux biens appartenant aux ecclésiastiques sont réquisitionnés et mis aux enchères pour renflouer les caisses de l’État. Bref, toutes réformes insupportables à un monarque tant soit peu bien élevé et un tantinet chatouilleux sur ses droits divins.

Les libéraux resteront au pouvoir durant trois ans (Triennat libéral), durant lesquels Ferdinand VII complotera, soutenu par l’Église, afin de rétablir sa puissance. Il rejoint la Sainte-Alliance, qui regroupe la Russie, la France, l’Autriche et la Prusse, laquelle décide d’intervenir en Espagne afin de restaurer l’absolutisme monarchique. En avril 1823, Louis XVIII, roi de France, envoie un corps expéditionnaire de 95 000 hommes, avec le Duc d’Angoulême (fils du futur Charles X) à sa tête, envahir l’Espagne : los Cien Mil Hijos de San Luis (les Cent Mille Fils de Saint Louis). Le 7 avril, l’armée française franchit les Pyrénées. Ne rencontrant que peu de résistance de la part de forces espagnoles mal préparées, le Duc d’Angoulême prend Madrid le 14 mai et y installe une régence sous son protectorat. Le gouvernement libéral se réfugie d’abord à Séville, puis, le 14 juin, à Cadix, emmenant avec lui un Ferdinand VII pourtant peu enclin à le suivre.

Le 31 août 1823, les forces libérales espagnoles sont mises en déroute en tentant de défendre deux forts à Puerto Real, une ville proche de Cadix. Le fort du Trocadéro, qui défend le port de la ville, est enlevé à la baïonnette, à marée basse, par les soldats français qui se sont jetés à l’eau. Le village de Trocadéro est ensuite enlevé par l’infanterie de ligne française. Ferdinand VII est libéré.

Les libéraux négocieront leur reddition en échange du serment du roi de respecter les droits des Espagnols. Celui-ci acceptera, mais fort de la présence expéditionnaire française, il reviendra sur sa parole et rétablira l’absolutisme de son pouvoir. Commencera alors une période d’exactions particulièrement violentes à l’encontre de ses adversaires. Ce sera la Década Ominosa, la Décennie abominable.

En 1826, une reconstitution de ce glorieux fait d’armes est mise en scène à Paris lors d’une parade militaire devant le roi de France Charles X. Un fort en carton-pâte est construit sur la colline de Chaillot et représente le « fort du Trocadéro », tandis que les troupes françaises s’élancent à sa conquête depuis le Champ-de-Mars. Youpi tagada !

Le Second Empire s’étant achevé fin 1870, la décence la plus élémentaire voulait qu’on rebaptise la place du Roi-de-Rome. Le nom de Trocadéro s’imposa de lui-même, tant en souvenir de la bataille victorieuse que de la reconstitution qui avait été faite à cet endroit.

C’est donc cette bataille du Fort du Trocadéro, qui permit le restauration d’un pouvoir monarchique réactionnaire, religieux, absolu et violent, que le nom de cette place célèbre encore aujourd’hui.

Certains symboles renaissent à jamais de leurs cendres.

 

LE MOT DU JOUR – 4 mars 2017

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Le Titanic, paquebot insubmersible.

Naufrage (nom masculin) : perte totale ou partielle d’un navire par un accident de navigation en mer (échouement, abordage, submersion, par suite du mauvais temps, d’incendie, d’explosion, etc.).

Étymologiquement, le mot vient du latin navis qui signifie bateau et de frangere, briser.

Depuis le XVIe siècle, par métaphore, on emploie le terme au figuré pour parler d’une destruction totale, d’un échec, d’une perte, d’une ruine financière. On l’emploie principalement pour désigner un projet personnel qui a non seulement échoué, mais a entraîné son initiateur et ceux qui l’ont suivi dans la plus complète des catastrophes.

Exemple : « Il s’est présenté aux élections. C’était imperdable ! Ce fut un naufrage. »

LE MOT DU JOUR – 14 février 2017

cupidon

contre les petites bêtes qui font BZZZZZZ, il y a…

Cupidon (nom propre) : dans la mythologie romaine, Cupidon, fils de Mars (sous réserve : aucun test de paternité n’a été fait) et de Vénus, est le dieu de l’Amour. Ses attributs sont l’arc, le carquois et la fleur. À l’aide de son arc, il envoie des flèches d’argent censées représenter les pointes du désir dans le cœur des dieux et des hommes. Selon la mythologie, quiconque est touché par les flèches (ou la fleur) de Cupidon tombe immédiatement amoureux de la personne qu’elle voit à ce moment-là.

Le mot devenant nom commun, il a désigné les petits génies ailés virevoltant autour de l’Amour et de Vénus.
Par analogie, il a ensuite été employé pour nommer les beaux jeunes hommes, puis les bellâtres en quête d’aventures féminines et enfin les homosexuels.

Le verbe latin cupere signifie désirer ; il a donné l’adjectif cupidus qui veut dire animé par le désir, passionné, qui désire ardemment, avide, et au final, par dérivation de sens… cupide, c’est-à-dire âpre au gain, avare, mercantile, vénal.

On comprend ainsi mieux pourquoi les marchands de vent utilisent toujours le joufflu bambin ailé pour la Saint-Valentin.

LE MOT DU JOUR – 11 février 2017

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une telle trique donne le trac

Matraque (nom féminin) : Gros bâton servant de canne et éventuellement de trique aux conducteurs d’animaux en Afrique du Nord, notamment aux chameliers.

De fait, le mot est originaire de l’arabe maghrébin maṭraqa, lui-même tiré de l’arabe classique miṭraqah qui signifie marteau.

Par analogie, le mot désigne aussi une arme contondante assez courte, constituée par un bâton de bois ou de caoutchouc durci souvent alourdi à une de ses extrémités par du fer ou du plomb, utilisée pour frapper quelqu’un et dont sont officiellement munis les policiers.

On ne pourra s’empêcher de noter la similitude de  sonorité et de sens avec le mot trique, qui n’a pourtant absolument pas la même origine : celui-ci est issu du francique strîkan, qui donna ensuite en vieux français estricque, un instrument de bois grossier qui servait à rader le grain. Par extension, l’estricque puis la trique désignèrent ensuite un simple bâton, puis un bâton de marche, et enfin un gourdin dont l’usage premier était bien d’aplatir le crâne de son prochain.

On nomma ainsi tricard celui qui était persona non grata et qui devait donc être chassé à coups de trique.

La trique finit donc par désigner l’autorité dans toute sa brutalité : « Celui-là, il ne marche qu’à coups de trique ! »

Est-ce le sentiment de supériorité, de domination par la force qui conduisit le mot trique à aussi désigner le sexe masculin en érection, ou simplement une très vague ressemblance de forme ? Cette dernière hypothèse serait évidemment exagérée, pour ne pas dire ridicule, et pour le coup « j’ai la matraque » est physiologiquement plus approprié que « j’ai la trique », quand bien même les deux renvoient à un comportement sexuel violent, qui est souvent l’apanage de petits bande-mou frustrés à l’intelligence médiocre, incapables de différencier force physique et puissance sexuelle, et qui recherchent dans ce qu’ils appellent l’ordre la possibilité d’exercer impunément une forme de sadisme refoulé vis-à-vis de leurs contemporains. Pas étonnant, dès lors, d’en retrouver un certain nombre chez ceux qu’on désigne – parfois improprement – par le terme gardien de la paix.

CAVIARDAGE

caviar

Luxe (nom masculin) : mode de vie caractérisé par une grande dépense de richesses consommées pour la satisfaction de besoins superflus, inspirés soit par le goût du plaisir, soit par celui du faste, l’esprit d’ostentation.

« Nous sommes dans une démarche de démocratisation des produits de luxe. Nous voulons que tout le monde y ait accès, pas seulement une élite parisienne. » – Michel Biero, directeur des achats de Lidl France.

Les supermarchés discount de la marque proposent donc, un peu partout en France, et à des prix défiant soi-disant toute concurrence :
• du foie gras industriel produit dans des conditions qui feraient que même un viandard invétéré appellerait L214 illico ;
• du saumon fumé traité au diflubenzuron (un pesticide), aux antibiotiques et nourri à l’éthoxyquine (un antioxydant nocif), puis coloré à la canthaxanthine ;
• des grands crus conditionnés en demi-bouteilles pour que ça paraisse moins cher, stockées n’importe comment, en pleine lumière et au chaud et froid ;
• du caviar (pas très bon d’après les spécialistes, et en micro-boîtes là encore pour que ça paraisse moins cher).

Bref, des produits au mieux médiocres, en conditionnement ridicule, juste pour permettre aux pauvres de se ruiner un peu plus et pouvoir jouer au riche, rien qu’une fois dans leur vie. Attention, je n’accable pas une chaîne de magasins en particulier : toute la grande distribution succombe à ce vice du luxe pour pauvres. Lidl est simplement sous les feux des projecteurs avec son annonce de caviar.

De fait, le caviar proposé est « accessible » : 9,99 € la boîte… de 15 grammes !

Ah certes, sur la table de fêtes, pour douze personnes, ça ne va pas faire gras. Mais bon, de toute façon, Tonton Henri bougonnera en disant que c’est de la connerie et qu’il préfère un bonne tartine pâté/cornichons avec un verre de rouge (aura-t-il vraiment tort ?), les enfants n’en mangeront pas (« Allez jouer avec vos cadeaux et faites pas chier les grands, c’est pas pour vous ! on vous appellera pour la bûche ! »), la belle-sœur, la cousine et le nouveau copain de la frangine n’en voudront pas sous prétexte que ça pue et que c’est gluant (ce qui n’est pas totalement faux), Bernard fera son grand prince en disant « Non, non, allez-y, moi je connais bien. » (quel con, celui-là, tout de même, et dire qu’il faut se le taper tous les ans !), et Françoise rappellera qu’elle est allergique aux fruits de mer et qu’elle préfère ne pas prendre de risque…
Du coup vous serez seul(e) à vous enfiler la cuillère sous la scrutation extatique de 7 ou 8 paires d’yeux, vous avalerez ça vite fait parce qu’il est acide, très salé et avec un arrière-goût métallique, mais rayonnant(e), vous affirmerez péremptoirement « Ah, ben c’est spécial… mais c’est tout de même autre chose que des œufs de lump ! » À 666 € le kilo, c’est effectivement très différent des 25 € le kilo d’œufs de lump. Au final, vous vous rincerez le gosier avec le fond tiède de votre verre de Muscadet.

Quelle expérience, dites donc ! Mais remarquez, au moins, ça aura fait passer cinq minutes dans cette soirée de merde qui n’en finit pas.
Et ça, ça n’a pas de prix !
Alors merci Lidl.

LE MOT DU JOUR – 26 novembre 2016

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ce dictateur-là était un tyran despotique !

Exceptionnellement, le mot du jour sera quadruple, afin de bien discerner les nuances de sens qui existent entre eux, et de ne pas se tromper en attribuant tel ou tel à certains grands de ce monde dont les médias se font l’écho.

Autocrate (nom masculin) : souverain dont le pouvoir est indépendant et absolu.
Étymologiquement, le mot vient du grec autokratês signifiant qui gouverne par lui-même, de auto- et kratein (gouverner).

Despote (nom masculin) : chef d’État qui exerce le pouvoir seul et sans contrôle, et qui gouverne avec une autorité absolue et arbitraire, quand bien même le pouvoir qu’il détient n’est pas absolu en soi.
À la fin du XVIIe siècle est apparue la notion de despotisme éclairé : le pouvoir y est toujours exercé par des monarques de droit divin, mais leurs décisions sont guidées par la raison et ils se présentent comme les premiers serviteurs de l’État. Le despote éclairé est supposé appliquer dans son État une partie des réformes religieuses, économiques et sociales inspirées des idées des philosophes du Siècle des Lumières, et éclairé par les principes de la raison humaine, se doit de gouverner dans l’intérêt du peuple.
Étymologiquement, le mot vient du grec despotês qui signifie maître.

Dictateur (nom masculin) : magistrat unique et souverain qu’on nommait extraordinairement à Rome, du temps de la République, en certaines circonstances critiques, et seulement pour un certain temps. Par une dérogation à la coutume établie, Jules César fut fait dictateur perpétuel. C’est pourquoi le mot se dit désormais, par extension, de tout chef investi, temporairement ou à perpétuité, d’une autorité souveraine et absolue et de tous les pouvoirs politiques.
Étymologiquement, le mot vient du latin dictator, supin de dictare (dicter).

Tyran (nom masculin) : souverain, personne détenant un pouvoir politique, qui exerce une autorité arbitraire et absolue, sans respect des lois et en usant généralement de méthodes oppressives et violentes.
Étymologiquement, le mot vient du latin tyrannus, lui-même tiré du grec turannos (même sens).

On le voit, despotes, dictateurs et tyrans sont tous des autocrates. Mais les despotes peuvent être éclairés, les dictateurs sont supposément contrôlés et leur pouvoir supposément limité dans le temps. Quant aux tyrans, bien que le mot semble tomber en désuétude dans les médias contemporains, c’est pourtant la forme la plus communément rencontrée de nos jours en ce bas monde, et aussi la plus violente.

LE MOT DU JOUR – 12 novembre 2016

picsou

Votez Picsou !

Ploutocratie (nom féminin) : Régime politique dans lequel les personnes les plus riches exercent plus ou moins directement le pouvoir politique ou jouissent d’une influence prépondérante.

« À la nomination d’une petite minorité corrompue, la démocratie substitue l’élection par une masse incompétente » disait George Bernard Shaw. Encore faut-il emporter l’adhésion des masses. Et pour ce faire, l’argent est nécessaire. Non pour corrompre (enfin, si, un peu, ça huile les rouages, comme on dit), mais pour faire passer le message dans les médias, lesquels monnayent fort cher leurs colonnes et leur temps d’antenne.

La toute dernière élection présidentielle aux États-Unis aurait ainsi coûté… 3 milliards de dollars. Et un milliardaire a réussi à se faire élire par des gens simples en payant les médias pour faire passer le message que son adversaire était une ploutocrate ! Une telle mauvaise foi méritait bien une récompense. Et puis bon, c’est sans doute le plus doux des noms d’oiseaux dont il l’a affublée.

Mais de fait, sur les 29 candidats à l’élection, on n’entendit parler que des seuls deux principaux, et pour cause, puisque le collège des débats – l’autorité qui décide de qui débat avec qui en public – n’est constituée que de représentants des deux principaux partis, lesquels partis sont les deux principaux leveurs de fonds. Il n’est ainsi pas rare qu’un exotique et inaudible candidat fasse campagne avec 5 000 malheureux dollars seulement, le vouant à l’échec le plus honteux : celui des oubliés.

Le mot ploutocratie vient du grec ancien πλουτοκρατία, ploutokratia, qui a le même sens qu’aujourd’hui, avec le préfixe ploutos qui signifie richesse et le suffixe kratia qui veut dire pouvoir, autorité. La ploutocratie est donc le pouvoir de la richesse, ou même, plus précisément dans le cas qui nous occupe, le pouvoir qui va à la richesse.

Reste à savoir si le ploutocrate élu aura plus de pouvoir que les ploutocrates non élus, comme les grands patrons de Google, Apple, Facebook ou Amazon, qui ne portent pas le susdit dans leur riche cœur. Car si tout est une question d’argent, il pourrait bien suffire de quelques fortunes colossales pour mettre à bas un pouvoir acquis à coups de milliards par un seul.

LE MOT DU JOUR – 6 novembre 2016

fesses

« Elle était aussi bien de fesses que de face. » – Raymond Queneau (in Les Enfants du Limon)

Fesse (nom féminin) : la fesse est l’éminence charnue correspondant à l’un des deux massifs musculo-adipeux proéminents à la partie postérieure du bassin et limitant le tronc en arrière et en bas, dans l’espèce humaine et chez les anthropoïdes. Les fesses sont situées entre la crête de l’os iliaque et le haut de la cuisse.

« Les fesses, qui sont les parties les plus inférieures du tronc, n’appartiennent qu’à l’espèce humaine : aucun des animaux quadrupèdes n’a de fesses ; ce que l’on prend pour cette partie sont leurs cuisses. » – Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, Histoire naturelle de l’Homme.

« Chez l’Homme, la morphologie de la fesse est dominée par le relief des muscles fessiers. Chez la femme, au contraire, c’est la répartition harmonieuse du tissu graisseux qui commande l’esthétique de la fesse. » – prof. André Binet, les Régions génitales de la Femme.

Le mot fesse vient du latin populaire fissa, qui vient lui-même du latin classique fissum, fente, dérivé de findere, fendre. À la base, si je puis dire, la fesse désigne avant tout le sillon inter-fessier, l’espace séparant les deux hémisphères, bref : la raie. De fait, le fait de nommer lesdits hémisphères par le mot fesse est très récent (XIXe siècle). Auparavant, on utilisait le mot nache, terme de boucherie qui convenait aussi bien aux humains qu’aux animaux, du latin populaire natica dérivé du latin classique natis signifiant… fesse !

Mais déjà au moyen âge, le mot cul (du latin culus) était employé pour nommer la région anatomique postérieure dans son ensemble.

Comme beaucoup d’organes relatifs au sexe, le mot a de nombreux synonymes imagés : la fesse est ainsi appelée la meule ou la miche (par analogie de forme), l’ensemble des hémisphères forment l’arrière-train, le postérieur, le potron (qui vient du latin posterio : dès potron-jacquet ou dès potron-minet signifiant dès qu’on voit le cul de l’écureuil, ou du chat, selon le cas) ou le derrière lorsqu’on le désigne par sa position géographique, le boule si l’on se réfère à sa forme, le pétard lorsqu’il se fait entendre, le séant si l’on est pudique et qu’on ne fait référence qu’au fait de s’asseoir dessus, ou le uc en verlan.

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Pas de discrimination : la fesse est de tous les genres !

On notera que le mot latin fissa n’a strictement rien à voir avec le mot arabe fissa (vite), et que le mot fèces est totalement d’une autre étymologie que les fesses, quand bien même les fèces sortent d’entre les fesses.

LE MOT DU JOUR – 21 octobre 2016

Rafle (nom féminin) :

• Ensemble du pédoncule central ou axe et des ramifications d’une grappe de fruits, en particulier d’une grappe de raisins ou de groseilles. Axe de l’épi femelle de maïs, sur lequel sont fixés les grains. La rafle est ce qui reste d’une grappe ou d’un épi lorsqu’on en ôte les grains.

avant : l'épi après : les grains et la rafle

avant : l’épi
après : les grains et la rafle

Action de s’emparer de tout ce qui tombe sous la main sans rien laisser. Synonyme : razzia.
Coup où chacun des dés amène le même point et fait gagner toute la mise. Rafle d’as, de rois.

On le voit, la rafle est ce qui porte le bon grain, ou le gros lot, bref, ce qui a de la valeur. Mais la rafle, en elle-même, n’en a aucune. Paradoxalement, on rafle le grain et pas la rafle, et elle est généralement délaissée, jetée, brûlée.

On assiste à une dérive de sens au début du XXe siècle :

Arrestation massive opérée par la police à l’improviste. Synonyme : descente (de police), coup de filet.

La rafle n’est plus ce qui reste, mais la méthode utilisée. Le bon grain, quant à lui, se voit assimilé aux gibiers de potence. Déjà la politique du chiffre dans la Police ?

Le mot prendra une connotation bien sombre avec la Seconde Guerre Mondiale et sa funeste mais célèbre rafle du Vel’ d’Hiv’ : les 16 et 17 juillet 1942 se déroulera la plus grande arrestation massive de Juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre mondiale, à la demande du Troisième Reich, mais exécutée par la police et la gendarmerie françaises sur ordre du gouvernement de Vichy. 13 152 personnes seront arrêtées, dont 4 115 enfants, puis envoyées à Auschwitz. Une centaine d’adultes survivra à cette déportation, aucun enfant.

Il est intéressant de noter que, dès le XVIIe siècle, le mot rafle désignait aussi un piège, aussi bien à la chasse qu’à la pêche :

• CHASSE : Filet vertical à double maillage servant à prendre de petits oiseaux (grives, bécasses, merles).
• PÊCHE : Filet de pêche garni d’ailes et ayant plusieurs ouvertures à chaque extrémité.

Un piège, donc, une nasse. Le fameux coup de filet ci-dessus mentionné.

Le petit gibier et le menu fretin, vus d’un œil policier, ont bien grossi et finissent au panier à salade… avant d’être délaissés, jetés, brûlés ?

LE MOT DU JOUR – 5 octobre 2016

longsongles

où l’on déduit que le Monsieur de la photo est droitier…

Macronychie (nom féminin) : terme médical usité en dermatologie et désignant une croissance excessive des ongles, tant en longueur qu’en vitesse de pousse.

L’étymologie du mot vient du grec macro qui signifie grand ou gros, et de onyx qui veut dire ongle ou sabot.
Notons que le ch se prononce k.

ATTENTION : on pourrait croire, en voyant le préfixe macron, qu’il s’agit d’une longueur anormale de la dentition, mais il n’en est rien.

Et c’est ici que s’achève ma chronique 😉

LE MOT DU JOUR – 4 octobre 2016

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Kinnara (nom masculin) / Kinnari (nom féminin) : génies de la mythologie indienne, subordonnés à Indra, mi-hommes, mi-animaux, parfois représentés comme jouant d’un instrument de musique.

Dans la mythologie bouddhique et la mythologie hindoue, un kinnara est un amoureux exemplaire, un musicien céleste, mi-homme mi-cheval (en Inde) ou mi-oiseau (Asie du Sud-Est). Son équivalent femelle est la kinnari. Leur caractère est décrit dans le premier livre (Adiparvan) du Mahābhārata, où ils déclarent :

« Nous sommes sans fin amoureux et aimés. Nous ne nous séparons jamais. Nous sommes éternellement mari et femme ; nous ne devenons jamais mère et père. Nulle descendance n’apparaît dans notre giron. Nous sommes amoureux et aimés toujours embrassés. Nous n’admettons entre nous aucune autre créature demandant de l’affection. Notre vie est une vie de plaisir perpétuel. »

Ils apparaissent également dans plusieurs textes bouddhiques, dont le Sutra du Lotus.

Comme les nâgas ou l’aigle Garuda, les kinnaras habitent l’Himavanta, la forêt mythique qui entoure la base du Mont Meru.

Dans la mythologie d’Asie du Sud-Est, les kinnaris ont le haut du corps d’une femme, et les ailes, la queue et les pieds d’un cygne. Elles sont renommées pour leurs danses, leurs chants et leurs poèmes et représentent un symbole traditionnel de beauté, de grâce et d’accomplissement féminins.