CINQUANTE NUANCES DE VOTES

NUANCIER REF FINAL sans ref

de la gauche cramoisie à la droite bleu marine, que déduire du 1er tour des départementales ?

Étant donné tout ce que je vois passer comme commentaires suite au premier tour des élections, je pense qu’il convient d’apporter quelques rectifications globales.

Prenons les forces politiques les unes après les autres, de gauche à droite, et regardons où elles en sont au niveau électoral et si on peut tirer malgré tout un enseignement national de ce scrutin éminemment local.

L’ultra-gauche d’abord : NPA, LO
Ils sont simplement inexistants. Leurs dirigeants sont encore invités sur les plateaux télés parce qu’ils y font le show, mais ils n’ont ni structure nationale, ni candidats… ni électeurs (entre 0 et 5 % des voix).

L’extrême-gauche ensuite : PC, Parti de Gauche
Leur situation est un peu plus enviable que celle de leurs collègues de l’ultra-gauche, mais à peine. Leur survie politique vient du fait qu’historiquement, ils ont un ancrage national et peuvent donc présenter des candidats en nombre relativement suffisant, mais aussi – et surtout – que certains de ces candidats ont réussi à s’allier avec des candidats PS, ce qui leur permet d’atteindre parfois le second tour. Sans quoi, leur score plafonne autour de 5 % des voix, nombre de leurs électeurs d’antan ayant rallié les antipodes de l’échiquier politique en votant FN.

La gauche qui grogne : frondeurs du PS, écologistes
Les résultats sont là : refusant de cautionner la politique nationale du gouvernement, ils ont aussi refusé de s’allier au PS « de gouvernement » pour cette élection. Résultat : non seulement ils ont affaibli le résultat du PS, mais ils n’ont absolument pas réussi à percer ni à faire en sorte que les électeurs valident leurs idées. EELV est dans les choux (bio) avec 2 % des voix, les grognons autour de 5 ou 7 %. Autant dire que la fronde échoue lamentablement.

La gauche « sociale démocrate » : PS de gouvernement, PRG, divers gauche
Une chose apparaît clairement : avec environ 20 % des voix pour le PS seul, et entre 25 et 30 % pour la « coalition »,  il est évident que la politique gouvernementale n’est pas en cause, contrairement à ce que prétendent certains. Non, l’électorat de gauche n’a rejeté ni Valls ni sa politique, même si, de fait, elle n’est sans doute pas satisfaisante.
Je profite de cela pour faire une parenthèse et rappeler à ceux qui disent que le PS de gouvernement fait une politique de droite, voire qu’il est un parti de droite, au même titre que l’UMP, ce qu’était une véritable politique de droite par l’UMP, histoire de faire travailler un tout petit peu leur mémoire de poisson rouge :
– Ministère de l’Identité Nationale
– chasse aux clandestins et reconduites massives et musclées à la frontière
– Le Fouquet’s
– « casse-toi, pauvre con »
– « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire »
– non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite
– casse systématique du service public
– choix en direct par le président des responsables de chaînes de l’audiovisuel public
– LOPPSI 2
– « l’assistanat cancer de la société »
– un fait divers, une loi
– guerre avec les juges et tentative de supprimer les juges d’instruction
– affaires financières diverses
– « détecter les délinquants chez les enfants de moins de 3 ans »
– abaissement de l’âge de responsabilité pénale à 12 ans
– Khadafi à l’Élysée
– Patrick Buisson
– etc.
La liste pourrait être très longue, je n’ai mis là, en vrac, que ce qui m’est venu à l’esprit vite fait, mais ça devrait normalement suffire à toute personne sensée pour faire la différence entre le gouvernement actuel – de gauche, donc – et le précédent, de droite.
Fermons la parenthèse.
Essayons, dès lors, d’expliquer ce qui s’apparente, de fait, à une défaite électorale.
La division a joué : nombre de cantons avaient de multiples listes « de gauche » (toutes obédiences confondues). Quelques pourcents ici et là suffisent pour ne pas se qualifier au second tour.
Ensuite, il y a une chose dont on a un peu perdu l’habitude : ça s’appelle L’ALTERNANCE. Les mandats présidentiels de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy avaient fait que la gauche avait pu s’emparer des communes, départements et régions. Maintenant que la gauche est au pouvoir, eh bien la droite les récupère doucement. Pourquoi ? Simplement parce que des tas d’électeurs ne votent systématiquement pour un parti, mais bien plutôt contre celui qui est au pouvoir, quel qu’il soit, parce qu’ils ne sont pas satisfaits de la politique menée, quelle qu’elle soit. Et surtout aussi parce qu’une force d’opposition a toujours plus de facilités pour faire des promesses enivrantes qu’une force à l’exercice du pouvoir. Bref, la démagogie, c’est triste, mais ça marche.
Donc nous n’avons qu’un mouvement naturel des forces qui, associé à la division interne de la gauche, vient fragiliser le PS et ses alliés, mais en aucun cas un revers cinglant d’une politique ou d’une équipe. Mais beaucoup préféreront voir en Manuel Valls s’allumant un cigare un suppôt du grand capital – ô combien honni – que l’acte de quelqu’un soulagé de voir sa politique et son action épargnées.

Le centre : MoDem, UDI
Quel centre ??? Le MoDem n’existe pas, si l’on excepte les personnalités de François Bayrou et de Marielle de Sarnez. Ce n’est pas (plus) un parti, c’est un pin’s.
Quant à l’UDI, il tente (vainement, jusqu’à présent) de raviver les ardeurs dont disposait jadis l’UDF, mais force est de constater qu’il bande mou. Il faut dire qu’aucun leader, aucun caractère, aucun esprit ne sort du lot de ce parti, et sa politique se borne donc juste à profiter du sillon de l’UMP tout en essayant d’adopter une attitude plus « soft ». Mais sans l’UMP, l’UDI n’est rien.

La droite « républicaine » : UMP, divers droite
La droite la plus bête du monde a au moins un avantage sur la gauche la plus bête du monde : elle a su partir en rangs, sans présenter de listes multiples. Profitant de l’effet de balancier de l’alternance des pouvoirs, elle a donc su se qualifier au second tour de nombre de cantons et, a priori, elle remportera sans doute la plus grosse part des mandats et des présidences de départements.
Faut-il pour autant porter tout le crédit de cette victoire annoncée au profit de Nicolas Sarkozy ? Certes non. L’UMP n’est peut-être plus la pétaudière qu’elle était il y a encore quelques semaines, mais cette victoire ne suffira pas à faire taire les mécontentements ni les ambitions, et il suffira d’un nouveau clin d’œil racoleur vers le FN pour que la frange centriste se hérisse derechef. Sincèrement, et même en considérant que l’UMP remportera sans doute aussi les élections régionales fin 2015, je ne vois pas comment ce parti pourra ne pas exploser en vol, surtout lorsqu’on sait que la prochaine étape de la politique sarkozienne sera le siphonnage des voix du FN, lequel ne pourra se faire sans le grand renfort de la xénophobie et de la démagogie réunies, ce qui ne pourra qu’exacerber les divisions avec les tenants d’une droite modérée, du moins sur le plan social.

La droite « souverainiste » : Debout la France et… y en a d’autres ?
Debout la France a présenté des candidats dans moins de 8 % des cantons et a obtenu un résultat microscopique qui ne vaut même pas qu’on s’y arrête. Sorti du FN, il n’y a tout simplement pas de droite souverainiste en France, ou si peu qu’on se demande bien pourquoi le nom de Dupont-Aignan est connu par d’autres personnes que sa bouchère ou son poissonnier.
Ah si ! Il y a le Parti Chrétien Démocrate aussi, avec Christine Boutin. Mais elle a fait alliance avec l’UMP, ce qui lui a permis de se qualifier pour le second tour. Hormis cela, le parti n’est, comme Debout la France, qu’un particule.

La droite extrême : le FN. Le problème du FN a toujours été que Jean-Marie Le Pen n’a jamais souhaité prendre le pouvoir. Sa position préférée était celle du poil à gratter de la République, dans ce qu’elle avait de pire, d’éructatoire et de désobligeant pour les sens et l’intelligence. Marine Le Pen a un tout autre point de vue : elle croit en elle, et pire, en les idées portées par le parti de son père (je ne suis pas absolument certain que ce soit vrai le concernant, du moins du temps où il lui restait encore un peu de bon sens). La campagne du FN avait tout du n’importe quoi : un nième recueil des vieilles lunes fantasmées et simplistes en guise de profession de foi unique pour tous ses candidats, des candidats sortis d’on ne sait où et qui, pour la plupart, n’ont jamais été impliqués dans le moindre mandat local et ne connaissent strictement rien à la politique et profite de ce quart d’heure de gloire pour sortir des commentaires plus immondes les uns que les autres. Dans c es conditions, on pourrait croire que l’électorat rirait un bon coup et voterait ailleurs que dans l’urne de ces tristes sires (et sirettes). Nenni. Pourquoi ? Parce que nous vivons à l’ère de la subversion facile. Dire « caca prout » à la caméra est le fond de commerce de nombre de personnes qualifiées par les médias – et le public ! – de grands humoristes. Dire « à mort les juifs, les pédés et les bougnoules ! » devient donc naturellement un slogan tout à fait acceptable, puisque : -1- il fait le « buzz » et -2- il est anti-système (le système étant la névrose dépressive dans laquelle nous baignons tous et qui va de « mangez 5 fruits et légumes par jour » ou « brossez-vous les dents 3 fois par jour » à « à consommer avec modération » ou « fumer tue ». Dans une société bien-pensante et guindée, le pet devient subversif. Ne nous étonnons dès lors pas que le pet politique empuantisse les urnes, aujourd’hui, mais aussi dans les années à venir, sauf à parvenir à redonner – non de l’espoir par une embellie économique et un retour de la croissance, je suis persuadé que les Français, dans leur grande majorité, s’en contrefoutent – de la responsabilité à chacun sur sa propre existence.

Reste donc le premier parti de France, celui des abstentionnistes. On constatera tout de même – n’en déplaise aux pêcheurs à la ligne invétérés – que, mathématiquement, plus l’abstention est faible, moins le vote péteur a d’impact. Pourquoi ? Simplement parce que, dans ce cas, l’augmentation du nombre de voix du FN, qui est réelle, ne parvient néanmoins pas à compenser en pourcentages la hausse de participation et donc le résultat des autres partis. Donc oui, trois fois oui, les abstentionnistes sont pour bonne part responsables de la montée du score du FN en pourcentage. Et qu’on vienne me démontrer le contraire par A+B.

Dès lors, après ce tour d’horizon, vous devriez savoir quoi faire dimanche prochain.

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