VIANDE FOURRAGÈRE

steakhachéJe m’en vais devoir vous raconter un piètre épisode de mon existence. Je n’aime guère faire étalage de mon quotidien, mais les circonstances l’exigent : je m’incline.

Figurez-vous que j’avais l’envie pressante de cuisiner un chili ! Con carne, comme il se doit. C’était un lundi matin, le boucher savourait une bonne matinée de repos dans les bras de la bouchère (ou de la boulangère, peu importe) et je me retrouvais donc dans un supermarché en quête de viande de bœuf hachée, chose que je ne fais jamais d’ordinaire, préférant acheter ma viande directement chez le producteur ou, à défaut, chez le boucher (qui, si ça se trouve, partage ses draps avec la coiffeuse). Jamais dans un supermarché. Car j’aime à savoir d’où vient mon bout de viande et surtout dans quelles conditions les bêtes sont élevées et abattues. Et chacun sait que la qualité des dites conditions est généralement inversement proportionnelle à l’industrialisation et au volume de la production.

Bref, me voici donc, blafard de néons, errant dans les allées du supermarché en question, à savoir un Intermarché. Hélas, je n’ai croisé aucun mousquetaire dans les rayons. Je suis pourtant certain que le fait de pouvoir croiser un mousquetaire, un vrai, tout en moustaches, barbiche, rapière et cuissardes de cuir aurait pour effet immédiat de faire affluer la clientèle. Mais bon, je m’égare. (Si toutefois le responsable de la communication d’Intermarché me lit, je me tiens à sa disposition pour envisager une collaboration, fructueuse n’en doutons pas.)

Devant les armoires réfrigérées contenant les barquettes de viande de bœuf hachée, mon œil examine rapidement les étiquettes, à la recherche du logo « Viande bovine française » et d’autres informations aussi importantes que le pourcentage de matières grasses, la date limite de consommation, le prix au kilo, etc.

Mais à aucun moment, je n’ai lu… la liste des ingrédients ! Car voyez-vous, pour moi, qui suis naïf, voire simplet, lorsque j’achète de la viande de bœuf, je m’attends à ce que la liste des ingrédients de celle-ci se limite à… « viande de bœuf ». Ce me semble même tellement évident que le simple fait d’évoquer la possibilité qu’il y ait autre chose que de la viande de bœuf dans la viande de bœuf me paraît relever du ridicule le plus achevé.

Oh certes, je sais bien que les industriels sacrifient aux goûts du public en ajoutant ici et là un conservateur ou un colorant. Je le conçois et l’admets, même si je le regrette. Mais pour les 99,99 % de viande de bœuf restant, il m’est terriblement difficile d’envisager qu’il s’agisse d’autre chose que de la viande bœuf !

C’est bien sûr compter sans l’imagination fertile de nos industriels.

Car voyez-vous, une fois rentré chez moi, et alors que je cuisinais mon chili, mon œil s’est arrêté un court instant sur l’étiquette autocollante de la barquette et un petit quelque chose a fait « Tilt ! », là-haut, entre mes deux oreilles.

J’ai donc chaussé mes lunettes (ne me demandez pas ce que j’ai sur le nez) : car vous l’avez remarqué, les indications les plus précieuses concernant les aliments que vous achetez sont le plus souvent imprimées en caractère de taille lilliputienne, et il faut au moins un microscope électronique pour les lire.

Et là, j’ai dû m’asseoir, tant la vérité, dans sa nudité la plus crue (je n’avais pas encore fait revenir la viande), m’était insupportable ! La viande de bœuf que j’avais achetée, MA viande de bœuf ! n’en était qu’à 80 % ! Un cinquième de ma viande de bœuf non seulement n’était pas de bœuf, mais n’avait même rien à voir avec de la viande ! Car voyez-vous, dans la viande de bœuf, on trouve désormais 19 % de protéines végétales réhydratées ! À savoir : des protéines de pois, des fibres de pousses de bambou (!!!), de la fécule de pomme de terre et de la betterave rouge ! Je passe sur les éventuelles traces de céleri et de soja.

Comme je vous sens incrédules, je vous prouve mes dires :
steakhaché2

De cette expérience traumatisante, je retire plusieurs leçons :

  • je sais désormais que des terroristes végans, extrémistes et radicaux, sévissent dans les laboratoires des grandes industries, qui remplacent insidieusement la bonne viande par des fibres végétales de basse extraction, et je ne doute pas qu’un jour, on s’apercevra que la si fameuse entrecôte du boucher (qui ferait mieux de surveiller son personnel au lieu de s’envoyer en l’air avec la poissonnière) n’est plus qu’un vulgaire amas de tofu ;
  • je sais aussi que je peux ajouter un steak haché à la liste des cinq fruits et légumes devant être consommés quotidiennement ;
  • à partir de maintenant, je n’achèterai plus rien dans les supermarchés sans en avoir examiné l’étiquette à l’aide d’une loupe : faire mes courses me prendra sans doute trois jours et trois nuits, mais maintenant que je sais que la viande contient des légumes, ma santé mentale en dépend.
  • je serai désormais fidèle à mon boucher, quand bien même il lutine la moitié des commerçantes (voire des commerçants, pour ce que j’en sais) de la commune !
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