ÊTRE OU NE PAS ÊTRE…

NationCharlie

photo : Martin Argyroglo

Le choix du slogan « JE SUIS CHARLIE » me paraît tout sauf anodin. Pas tant dans le « CHARLIE » final que dans le « JE SUIS ».

Pour une fois, le pékin moyen, anonyme, transparent presque, pouvait se reconnaître en quelque chose de consensuel et y trouver une identité : « JE SUIS » ! Pas une identité nationale, non, mais bel et bien une identité individuelle. Pour une fois, il était quelqu’un, il vivait intensément un événement hors du commun, il pleurait, riait, communiait, criait, parlait, touchait des gens qu’il ne connaissait pas, bref il existait. La dernière fois que j’ai vu ça, c’était en 98 à l’occasion de la Coupe du Monde de Foot.

Et je me prends à penser que les trois salopards qui ont commis ces crimes atroces souffraient du même mal : ils n’étaient personne, ils sont devenus – brièvement et dans quelles conditions ! – quelqu’un, connus, reconnus, quitte à être qualifiés de monstres et honnis par tout un peuple.

Contrairement à certains, je ne crois pas que la France souffre d’une crise d’identité, mais bien que les Français, tous les Français, j’entends par là tous les hommes, toutes les femmes et tous les enfants qui résident et vivent sur ce sol, sont en recherche d’une flamme intérieure (et certainement pas tricolore), de quelque chose qui leur donne envie de se lever le matin avec la niaque et de se coucher le soir avec le sentiment du devoir accompli.

La France n’a pas besoin d’un sauveur, mais d’un projet : un projet collectif, positif, plus grand que ceux qui le portent et qui transcende le peuple dans son entier, d’un point à l’horizon qui indique le cap à suivre et de l’espoir d’un avenir pas forcément meilleur, mais valorisant, dans lequel chacun puisse se reconnaître et auquel chacun puisse être fier d’apporter sa pierre.

Sans cela, nous resterons médiocres et sans âme, sauf peut-être à l’occasion d’un événement exceptionnel, joyeux ou dramatique, qui nous permettra à nouveau de dire « JE SUIS ».

Mesdames et Messieurs les politiques, permettez-moi de vous en informer, regagner 0,2 points de croissance n’est pas un projet qui emportera l’adhésion des foules. Et tant que vous resterez accrochés à ces trivialités, d’autres que vous indiqueront des points à l’horizon, des points qui ne seront pas forcément des lumières d’espoir… bien au contraire.

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Une réflexion sur “ÊTRE OU NE PAS ÊTRE…

  1. Même quand c’est employé avec quelque chose à la base de tragique comme là, titiller le sentiment nationaliste avec cette « unité », cela m’inquiète toujours et ne me fait pas y croire. Tout est marques, slogans, produits, ce je suis Charlie était beau le jeudi d’après, puis il a été normé, et il est en train d’être commercialisé. Comment croire à des idées dans ces conditions, quand ceux qui nous représentent les utilisent à leurs propres fins, par crainte de l’avenir, par habitude professionnelle, par idéologie?
    Je suis fonctionnaire d’Etat, et la France, j’y crois, en tant que communauté unie par pleins de traditions, d’idées, ouverte sur le monde mais cherchant tout de même à montrer aux autres son savoir-faire (un peu de saine compétition, c’est bénéfique). Là, nous ne sommes rien. Nous sommes craintifs face aux autres, nous sommes fatigués de tout, sans aucune confiance envers nos dirigeants mais en continuant à les suivre (et les alternatives ne valent guère mieux).

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