THE MAN FROM EARTH

themanfromearth

L’affiche est 63 257 fois plus spectaculaire que le film.

Alors voilà un film absolument bluffant !

Dans l’absolu, il se classe sous la rubrique « Science Fiction », de par son thème.  Mais, comme le seul effet spécial réside dans le fait qu’il n’y a apparemment pas besoin de remettre du bois dans la cheminée, autant dire qu’on est à des milliers d’années-lumière de « Transformers 7 » ou  de « Star Wars 12 ».

Ajoutons qu’il n’y a aucune course-poursuite, aucun rayon-laser, aucun super-méchant à combattre, aucun hyper-méga-décor (99% de l’action se déroule dans le salon d’un petit pavillon on ne peut plus banal), aucun costume flamboyant, aucun maquillage délirant et même pas un seul petit coup de feu ! Et aussi que le budget total du film est de 200 000 $. Non, non, pas 200 millions, 200 MILLE ! Fouchtre ! Mais que reste-t-il alors ? RIEN !

Ou plutôt un excellent scénario, porté par de bons comédiens (peu connus). Je ne vous dévoilerai pas le sujet, et je vous invite à ne pas lire la page Wikipedia qui est consacrée au film, et à le découvrir avec un œil vierge.

Très sincèrement, les toutes premières minutes ont ébranlé ma volonté d’aller plus loin : on croirait une de ces innombrables productions américaines, genre téléfilm érotique sans les scènes cochonnes. La musique, seule pierre d’achoppement (hihihi… non, rien, vous comprendrez plus tard), n’y est pas pour rien, à mi-chemin entre la musique d’ascenseur et celle… d’un téléfilm érotique fauché des années 90. Brrrrr… Lorsqu’on est habitué à John Williams, Lalo Schiffrin ou Alexandre Desplats, c’est éprouvant pour les nerfs.

Cette fausse note (!) mise à part, à mesure qu’on découvre l’histoire, on se surprend à entrer dans le scénario au même titre que les protagonistes. Attention, il ne s’agit pas non plus d’une de ces histoires machiavéliques qui se retournent à 15 secondes du générique de fin et surprennent le spectateur par son habileté ! Non, non, car il n’y a pas non plus le moindre suspense : tout est dit dès le début du film !

C’est sûr que j’ai là une manière bien particulière de vous vendre ce film ! Mais franchement, regardez-le, il en vaut la peine. Et puis, il ne dure qu’une heure et trente minutes. Vous n’êtes pas à ça près, vous avez bien le temps.

NE NOUS FÂCHONS PAS

linoÉric Zemmour rêve d’une France avec des hommes, des vrais, des durs, et avec des femmes, des vraies, des vamps évaporées.

Éric Zemmour rêve d’une France des années 50, où déambulent des Jean Gabin et des Lino Ventura, qui fument des Gauloises sans filtre, boivent sec et règlent leurs comptes à coups de poings ou de pétards.

Éric Zemmour rêve d’une France des années 50, où ondulent des Michèle Mercier et des Mylène Demongeot, qui restent à la cuisine lorsqu’elles ne se jettent pas dans les bras de leur héros avant de succomber et s’offrir.

Mais Éric Zemmour est un gringalet qui s’imagine catcheur, un nain qui se voit Hercule de foire.

Éric Zemmour rêve d’une France qui était déjà fantasmée dans les années 50.

Si Éric Zemmour vivait dans sa France de cinéma, il s’appellerait Léonard Michalon et il ne se passerait pas cinq minutes sans qu’un Ventura ou un Gabin lui envoie une gifle à assommer un rhinocéros.

J’en arrive à souhaiter, parfois, que le rêve de Zemmour se réalise… juste un peu, juste une fois, le temps d’une gifle.

VIANDE FOURRAGÈRE

steakhachéJe m’en vais devoir vous raconter un piètre épisode de mon existence. Je n’aime guère faire étalage de mon quotidien, mais les circonstances l’exigent : je m’incline.

Figurez-vous que j’avais l’envie pressante de cuisiner un chili ! Con carne, comme il se doit. C’était un lundi matin, le boucher savourait une bonne matinée de repos dans les bras de la bouchère (ou de la boulangère, peu importe) et je me retrouvais donc dans un supermarché en quête de viande de bœuf hachée, chose que je ne fais jamais d’ordinaire, préférant acheter ma viande directement chez le producteur ou, à défaut, chez le boucher (qui, si ça se trouve, partage ses draps avec la coiffeuse). Jamais dans un supermarché. Car j’aime à savoir d’où vient mon bout de viande et surtout dans quelles conditions les bêtes sont élevées et abattues. Et chacun sait que la qualité des dites conditions est généralement inversement proportionnelle à l’industrialisation et au volume de la production.

Bref, me voici donc, blafard de néons, errant dans les allées du supermarché en question, à savoir un Intermarché. Hélas, je n’ai croisé aucun mousquetaire dans les rayons. Je suis pourtant certain que le fait de pouvoir croiser un mousquetaire, un vrai, tout en moustaches, barbiche, rapière et cuissardes de cuir aurait pour effet immédiat de faire affluer la clientèle. Mais bon, je m’égare. (Si toutefois le responsable de la communication d’Intermarché me lit, je me tiens à sa disposition pour envisager une collaboration, fructueuse n’en doutons pas.)

Devant les armoires réfrigérées contenant les barquettes de viande de bœuf hachée, mon œil examine rapidement les étiquettes, à la recherche du logo « Viande bovine française » et d’autres informations aussi importantes que le pourcentage de matières grasses, la date limite de consommation, le prix au kilo, etc.

Mais à aucun moment, je n’ai lu… la liste des ingrédients ! Car voyez-vous, pour moi, qui suis naïf, voire simplet, lorsque j’achète de la viande de bœuf, je m’attends à ce que la liste des ingrédients de celle-ci se limite à… « viande de bœuf ». Ce me semble même tellement évident que le simple fait d’évoquer la possibilité qu’il y ait autre chose que de la viande de bœuf dans la viande de bœuf me paraît relever du ridicule le plus achevé.

Oh certes, je sais bien que les industriels sacrifient aux goûts du public en ajoutant ici et là un conservateur ou un colorant. Je le conçois et l’admets, même si je le regrette. Mais pour les 99,99 % de viande de bœuf restant, il m’est terriblement difficile d’envisager qu’il s’agisse d’autre chose que de la viande bœuf !

C’est bien sûr compter sans l’imagination fertile de nos industriels.

Car voyez-vous, une fois rentré chez moi, et alors que je cuisinais mon chili, mon œil s’est arrêté un court instant sur l’étiquette autocollante de la barquette et un petit quelque chose a fait « Tilt ! », là-haut, entre mes deux oreilles.

J’ai donc chaussé mes lunettes (ne me demandez pas ce que j’ai sur le nez) : car vous l’avez remarqué, les indications les plus précieuses concernant les aliments que vous achetez sont le plus souvent imprimées en caractère de taille lilliputienne, et il faut au moins un microscope électronique pour les lire.

Et là, j’ai dû m’asseoir, tant la vérité, dans sa nudité la plus crue (je n’avais pas encore fait revenir la viande), m’était insupportable ! La viande de bœuf que j’avais achetée, MA viande de bœuf ! n’en était qu’à 80 % ! Un cinquième de ma viande de bœuf non seulement n’était pas de bœuf, mais n’avait même rien à voir avec de la viande ! Car voyez-vous, dans la viande de bœuf, on trouve désormais 19 % de protéines végétales réhydratées ! À savoir : des protéines de pois, des fibres de pousses de bambou (!!!), de la fécule de pomme de terre et de la betterave rouge ! Je passe sur les éventuelles traces de céleri et de soja.

Comme je vous sens incrédules, je vous prouve mes dires :
steakhaché2

De cette expérience traumatisante, je retire plusieurs leçons :

  • je sais désormais que des terroristes végans, extrémistes et radicaux, sévissent dans les laboratoires des grandes industries, qui remplacent insidieusement la bonne viande par des fibres végétales de basse extraction, et je ne doute pas qu’un jour, on s’apercevra que la si fameuse entrecôte du boucher (qui ferait mieux de surveiller son personnel au lieu de s’envoyer en l’air avec la poissonnière) n’est plus qu’un vulgaire amas de tofu ;
  • je sais aussi que je peux ajouter un steak haché à la liste des cinq fruits et légumes devant être consommés quotidiennement ;
  • à partir de maintenant, je n’achèterai plus rien dans les supermarchés sans en avoir examiné l’étiquette à l’aide d’une loupe : faire mes courses me prendra sans doute trois jours et trois nuits, mais maintenant que je sais que la viande contient des légumes, ma santé mentale en dépend.
  • je serai désormais fidèle à mon boucher, quand bien même il lutine la moitié des commerçantes (voire des commerçants, pour ce que j’en sais) de la commune !

ÊTRE OU NE PAS ÊTRE…

NationCharlie

photo : Martin Argyroglo

Le choix du slogan « JE SUIS CHARLIE » me paraît tout sauf anodin. Pas tant dans le « CHARLIE » final que dans le « JE SUIS ».

Pour une fois, le pékin moyen, anonyme, transparent presque, pouvait se reconnaître en quelque chose de consensuel et y trouver une identité : « JE SUIS » ! Pas une identité nationale, non, mais bel et bien une identité individuelle. Pour une fois, il était quelqu’un, il vivait intensément un événement hors du commun, il pleurait, riait, communiait, criait, parlait, touchait des gens qu’il ne connaissait pas, bref il existait. La dernière fois que j’ai vu ça, c’était en 98 à l’occasion de la Coupe du Monde de Foot.

Et je me prends à penser que les trois salopards qui ont commis ces crimes atroces souffraient du même mal : ils n’étaient personne, ils sont devenus – brièvement et dans quelles conditions ! – quelqu’un, connus, reconnus, quitte à être qualifiés de monstres et honnis par tout un peuple.

Contrairement à certains, je ne crois pas que la France souffre d’une crise d’identité, mais bien que les Français, tous les Français, j’entends par là tous les hommes, toutes les femmes et tous les enfants qui résident et vivent sur ce sol, sont en recherche d’une flamme intérieure (et certainement pas tricolore), de quelque chose qui leur donne envie de se lever le matin avec la niaque et de se coucher le soir avec le sentiment du devoir accompli.

La France n’a pas besoin d’un sauveur, mais d’un projet : un projet collectif, positif, plus grand que ceux qui le portent et qui transcende le peuple dans son entier, d’un point à l’horizon qui indique le cap à suivre et de l’espoir d’un avenir pas forcément meilleur, mais valorisant, dans lequel chacun puisse se reconnaître et auquel chacun puisse être fier d’apporter sa pierre.

Sans cela, nous resterons médiocres et sans âme, sauf peut-être à l’occasion d’un événement exceptionnel, joyeux ou dramatique, qui nous permettra à nouveau de dire « JE SUIS ».

Mesdames et Messieurs les politiques, permettez-moi de vous en informer, regagner 0,2 points de croissance n’est pas un projet qui emportera l’adhésion des foules. Et tant que vous resterez accrochés à ces trivialités, d’autres que vous indiqueront des points à l’horizon, des points qui ne seront pas forcément des lumières d’espoir… bien au contraire.

MINUTE DE TA GUEULE

chutJe vais sans doute en choquer quelques-un(e)s, mais je suis foncièrement contre la tenue de minutes de silence dans les établissements scolaires, et ce pour plusieurs raisons, que je juge suffisamment bonnes pour vous les exposer ci-après.

Tout d’abord, il me semble que l’école républicaine se doit d’être un lieu où l’on apprend à développer son esprit critique et à penser par soi-même. L’école en tant que lieu d’embrigadement, telle qu’on pouvait la concevoir au moment de la guerre 14-18 par exemple, avec chants patriotiques et amour du drapeau, n’existe plus, et c’est tant mieux. Le citoyen d’une nation démocratique doit être instruit, non éduqué, et encore moins dressé, voire conditionné.

Dès lors, forcer les jeunes, de tous âges, à se recueillir collectivement, sur ordre de la patrie, avec potentiellement sanction en cas de désobéissance, me paraît être un peu fort de café, qui plus est lorsque le thème même de la minute en question est la protection de la liberté d’expression.

L’école me paraît plutôt être le lieu éventuel d’un débat sur ces questions, surtout d’ailleurs en lycée, alors que la philosophie est au programme. Mais en école primaire, franchement ? Et pourquoi pas en maternelle ? en crèche ? dans les maternités ? Tous ces bébés qui braillent et ne respectent pas la douleur nationale, quelle honte !

Donc l’école comme lieu de débat, oui. Enfin… À condition que l’équipe de professeurs en charge du dit débat soit :
-1- formée ;
-2- suffisamment neutre.
Est-ce possible ? Après tout, un enseignant n’est qu’un humain comme les autres, avec ses faiblesses, ses sentiments, ses idées. Et lorsqu’on atteint un paroxysme dans l’émotion consécutive à un tel événement que celui vécu dernièrement, peut-on encore être neutre ? Ne serait-il pas déjà plus intelligent d’attendre que les passions soient retombées, afin de donner à ces débats un cadre tant soit plus serein ?

La seconde raison pour laquelle je m’oppose à la tenue de ces minutes de silence scolaires est que je n’ai pas pour habitude de montrer ma bite en public. J’en vois qui se désolent. Tant pis, je resterai ferme !
Il me semble que le chagrin, le recueillement, l’expression de la douleur sont des choses éminemment intimes, dont on ne peut, dont on ne doit les commander, ni les partager si la pudeur la plus légitime l’interdit.
Forcer une classe à éprouver du chagrin revient pour moi à obliger les élèves à se mettre à poil en public. Certains n’y verront aucun problème, d’autres refuseront au nom de leur intégrité corporelle ou intellectuelle, d’autres encore en sortiront traumatisés, ou du moins atteints dans leur être. Est-ce bien le rôle de l’école que de provoquer cela ?

Enfin, et là, je sens qu’on va toucher un point sensible, j’estime qu’on a le droit de ne pas partager cet instant d’émotion collective, de rester sourd au lyrisme et à la beauté d’une foule qui communie, de s’en foutre totalement, voire d’être contre ce mouvement en lui-même ! Oui, on a le droit de ne pas aimer Charlie Hebdo, on a le droit d’être un islamiste radical et de le clamer haut et fort, on a le droit d’être contre la liberté d’expression, et l’honneur même d’une démocratie protégeant la liberté d’expression est de garantir à ceux qui veulent sa mort de pouvoir s’exprimer en toute impunité.

Qu’on ne s’y trompe pas : j’ai bien dis S’EXPRIMER, et par s’exprimer, j’entends AVEC DES MOTS, JUSTE AVEC DES MOTS ET RIEN QU’AVEC DES MOTS. Non, l’usage d’une Kalachnikov n’est pas un moyen d’expression qui doit être défendu, non le meurtre lâche de quiconque, humoriste ou simple pékin n’en est pas un non plus. Et si je devais faire une exception à la liberté d’expression, ce serait sans doute pour les appels au meurtre.

Je crois en l’enseignement, en l’instruction et à la liberté. Les armes, la prison et la mort ne sont pas la réponse à ceux qui sont contre la liberté.

COURT-CIRCUIT

sweat-capucheLe circuit est connu : lorsqu’on est issu de la sous-société, celle qui est ignorée et méprisée, ghettoïsée, on passe de la misère matérielle et culturelle à la délinquance juvénile, puis à la délinquance tout court, voire au crime, on fait un tour en prison, on se lie avec certains réseaux, et comme on n’a pas l’esprit particulièrement formé à la critique et à l’ouverture, on se retrouve embarqué dans une communauté qui va nous redonner une identité, une vision, un chemin à suivre, un cadre moral, bref qui va s’occuper de nous et donner un sens à notre existence, aussi abject et dénaturé soit-il. Et c’est ainsi qu’on se retrouve à tirer sur des gens désarmés ou à égorger des fillettes, voire à se faire sauter sur un marché. Après tout, qu’y a-t-il à perdre ? La vie ? pour ce qu’elle a valu jusqu’alors…

J’ai remarqué une chose : les jeunes délinquants issus des cités portent généralement des sweat-shirts à capuche. D’après mes calculs (et je peux vous garantir qu’ils sont d’une précision redoutable, vu la taille de mon pifomètre), c’est le cas pour 76% des braqueurs, 87% des dealers, 89% des voleurs de voitures et autres cambrioleurs et chapardeurs, et on atteint même 94% en ce qui concerne les jeunes branleurs de cages d’escaliers. Qu’on ne vienne pas me dire qu’il n’y a pas corrélation, que dis-je ! causalité : les chiffres ne mentent pas.

Tous ces jeunes porteurs de sweat-shirts à capuche sont donc des terroristes potentiels dans un avenir plus ou moins lointain, qui vont venir jusque dans nos bras, égorger nos journalistes et nos dessinateurs.

J’invite donc le gouvernement à proposer une loi, et si besoin de faire usage de l’article 49-3, afin d’interdire les sweat-shirts à capuche, ce qui aura pour effet immédiat de faire rentrer tous ces jeunes désœuvrés dans le droit chemin et de protéger du même coup la liberté d’expression.

Certes, vous tiquez, vous sentez bien que mon raisonnement a un point faible ; je vous le concède.

Dès lors que le port du sweat-shirt à capuche sera interdit, celui-ci deviendra en effet le symbole d’une prétendue oppression et ces jeunes rebelles seront d’autant plus fiers d’arborer leur sweat-shirt, voire de mettre leur capuche à l’approche des forces de l’ordre en signe de provocation…

Aussi, puisqu’ils violeront délibérément la loi, devra-t-on les arrêter et les jeter en prison, où ils feront leurs classes auprès des réseaux jihadistes qui y sévissent… Diable ! Le cercle est vicieux !

Le raisonnement par l’absurde qui précède est bien évidemment… absurde ! Mais alors pourquoi le vois-je ici et là sous des formes approchantes ? Pourquoi lis-je ici qu’il faut interdire les jeux vidéo violents qui corrompent la jeunesse ? Pourquoi découvré-je là qu’il est inconcevable que des chansons transmettent des anti-valeurs et des propos que la morale réprouve ? Interdisons, et vite ! ces sous-produits culturels qui instillent le germe de la délinquance et – n’ayons pas peur des mots – du Mal dans l’esprit de ces chères têtes blondes et brunes, repeignons les barres des cités en rose nougatine et diffusons par hauts-parleurs, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, dans les quartiers sensibles l’intégrale des œuvres de Chantal Goya ! Si la musique adoucit les mœurs, nul doute que nous atteindrons là l’effet recherché.

Certes, il est vrai qu’une étude américaine menée auprès de 500 personnes (ce qui n’est pas vraiment représentatif, mais bon…) a révélé que les chansons aux textes violents avaient tendance à augmenter l’agressivité des auditeurs. Mais qu’il en allait de même avec les chansons humoristiques. Il va donc aussi falloir interdire Annie Cordy, d’autant que sa Bonne du Curé est pour le moins subversive, voire carrément anti-catholique !

Tout cela pour dire qu’il ne faut pas se tromper et que ce qui apparaît de façon évidente comme une causalité n’est bien souvent qu’un simplisme… un de ces simplismes dont font usage ceux-là même qu’on veut combattre, et qui aura les effets exactement inverses de ceux qu’on espérait ! Car voyez-vous, je me vois mal prôner la censure pour au final défendre la liberté d’expression. Par ailleurs, où faudrait-il mettre la barre ? Si je chante « À la Pêche aux Moules » face à un barrage de police, suis-je un révolté ? un forcené qu’il convient de redresser sociétalement à grands renforts de matraques et de lacrymos ?

Au passage, je voudrais rappeler que certaines œuvres littéraires, de Sade, d’Apollinaire et de bien d’autres, contiennent des passages entiers d’actes de pédophilie, de zoophilie, de nécrophilie et d’autres comportements pour le moins déviants. Ces ouvrages se trouvent en vente libre dans toute bonne librairie qui se respecte, aux côtés du dernier vomi d’Éric Zemmour (qui n’est pas moins intellectuellement déviant), ou de « Jardins d’Intérieur : le Cannabis » de Philippe Adams, pour ne citer qu’eux. Ces textes ne risquent-ils pas de pervertir des cerveaux faibles et peu formés ? Interdisons-les aussi, et au trot !

Quant aux œuvres cinématographiques et télévisuelles, il conviendrait fort de remplacer – et fissa ! les Dexter, les Hannibal Lecter, les diaboliques Hellraiser, par le retour de « L’Île aux Enfants » et « Dora l’Exploratrice » ! Et je ne parle même pas de toutes ces séries qui ont pour héros principaux des gangsters ! Si ça n’est pas incitatif à passer de l’autre côté de la barrière, qu’est-ce ? Un Tony Soprano est à lui seul une invitation à rejoindre les wise guys, un Walter White un appel à fabriquer de la drogue. Et donc à faire un tour à plus ou moins long terme derrière les barreaux où etc. etc. Retour à la case départ.

Mais alors, si l’on ne peut tout interdire au nom de la liberté, que faire ??? C’est vraiment à croire qu’il n’y a pas de solution simpl… iste !

À moins que… la solution ne soit tout simplement dans mes premiers mots : « sous-société » ? Toute communauté qu’on laisse péricliter, qu’on abaisse, qu’on relègue au rang de paria, finit par ruminer une haine et une vengeance nourries à l’humiliation quotidienne. Ce ne sont pas les exemples qui manquent dans l’Histoire. Mais celle-ci ne se répète jamais. N’est-ce pas ?