ON EN A LES POILS DES PIEDS QUI TOMBENT

Alors qu’il s’en était plutôt bien tiré en adaptant « Le Seigneur des Anneaux », Peter Jackson s’est totalement fourvoyé en voulant faire du livre pour enfants « Bilbo le Hobbit » une épopée cinématographique pleine de bruit et de fureur.

Où sont les personnages attachants ? Où est la magie ? Où est l’innocence du propos, à la limite du naïf parfois ? Peter Jackson aurait-il perdu son âme d’enfant ?

Ça hurle, bondit, tombe, occis, explose, combat, meurt, virevolte en une course effrénée au toujours plus. Ce n’est plus Frodon, c’est Wolverine ; ce n’est plus Smaug, c’est Mégatron.

Quel sera son prochain projet ? « Le petit Chaperon rouge » en deux films de trois heures, avec 250 millions de dollars de budget, 4 500 figurants et Robert de Niro dans le rôle titre (Oscar du meilleur Maquillage en perspective) ?

Et la poésie, bordel ?!

ATHÉE EN CROÛTE

nogodAvez-vous remarqué que la seule croyance ayant trait au religieux et qui ne soit respectée par personne (et certainement pas par les dirigeants politiques) est l’athéisme ?

Quand l’athée se choque de voir des rues barrées pour cause de procession religieuse, par exemple, tout le monde s’en fout. Que les crèches dérangent, et c’est la faute des musulmans, pas des athées.

« Mais euh ! moi aussi, elles me dérangent, les crèches avec le petit Jésus dans les espaces publics !
– Mais non, voyons !
– Mais si !
– Ah ! Messie ! Tu vois bien que tu crois au petit Jésus ! Alors ta gueule ! »

Car croire en rien n’est aujourd’hui pas admissible.

« Je suis athée.
– Quoi ? athée ??? … … connais pas.
– Ça veut dire que je ne crois en aucun dieu.
– T’es sataniste alors ?
– Non, je ne crois en rien. Ni à Dieu, ni à Diable, ni à rien d’autre. Rien.
– Cesse de faire l’enfant et grandis un peu ! Tu penses vraiment que c’est raisonnable de jouer les rebelles et les mauvaises têtes à ton âge, hein ?
– Mais enfin ! j’ai tout de même le droit de ne croire en rien !
– Non.
– Pardon ?
– Non, tu n’en as pas le droit. D’abord, parce que c’est impossible !
– Mais puisque je le dis !
– C’est impossible, car on ne peut croire en rien. S’il n’y a rien, on ne peut y croire, puisque ça n’existe pas. Et si tu ne peux croire en quelque chose qui n’existe pas, c’est donc que tu crois en quelque chose qui existe, donc en Dieu. Et toc ! Alors ta gueule !»

Avez-vous remarqué que, de toute façon, on ne laisse pas le choix à l’athée. Un soldat français meurt au champ d’honneur ? il aura droit à une cérémonie œcuménique.
« Mais non, enfin ! je suis athée !
– Ta gueule, t’es mort. Et puis, si tu es vraiment ce que tu prétends être, qu’est-ce que ça peut te foutre ? Qu’on t’humecte d’eau bénite, ou qu’on psalmodie en hébreu, en arabe ou en chinois devant ton cadavre, tu t’en moques bien, puisque tu es athée ! Tu te considères comme un simple corps, et ce simple corps n’est plus, donc ça doit bien t’être égal. Et puis tu n’as pas ton mot à dire. Pense à ceux qui restent et qui croient, eux !
– Mais j’ai droit au respect !
– Si tu voulais du respect après ta mort, fallait choisir une religion, c’est pas ça qui manque ! Maintenant, c’est trop tard, t’es mort, alors ta gueule !»

Avez-vous remarqué qu’aucun, je dis bien AUCUN ténor politique d’un peu de poids ne s’est jamais déclaré ouvertement comme étant athée ? Et très, très peu de personnalités publiques… Michel Onfray ? Non, Michel Onfray n’est pas athée, malgré ce qu’il prétend, il croit en Lui-Même. Ou plutôt en Son propre caractère divin. Alors Sa gueule !

Avez-vous remarqué qu’à l’heure où tout le monde a le mot « laïcité » aux lèvres, personne ne demande son avis aux athées ?
« Ah mais non ! La laïcité, c’est le caractère de neutralité d’une loi, d’une administration, d’une collectivité au regard des religions pratiquées. Toi, t’as pas de religion, donc tu rentres pas dans le champ d’application de la laïcité. Alors ta gueule ! »

Pire ! Si l’on n’a pas de religion, comme chaque religion bâtit son propre ordre moral, alors l’athée n’a pas de morale. CQFD. Donc l’athée est dangereux pour la société. Car la société – telle qu’elle se constitue à l’heure actuelle – a besoin de la morale, et donc, par réflexe pavlovien, de la religion, pour ne pas sombrer dans le chaos. Alors ta gueule.

PÉCHÉ (D’UN ENNUI) MORTEL

sincity2J’ai vu, hier, « Sin City 2 A Dame to kill for ».

Enfin… quand je dis « j’ai vu », cela signifie que des images se sont imprimées sur ma rétine, mais aucun message n’est  parvenu jusqu’à mon cerveau. Pour la bonne raison qu’il n’y en a pas. Sin City 2 est purement, exclusivement et absolument formel. Mais de fond, point. Rien.

Sin City 2 est l’archétype du film creux, à la vacuité vertigineuse, un grand et long néant.

Par comparaison, « Transformers » ressemble à un film d’Ingmar Bergman et « Camping » à du Jean-Luc Godard.

Sin City 2, c’est « Plus belle la Vie », à ceci près que la pellicule est restée en négatif. Et encore, je suis persuadé qu’il y a quelqu’un qui écrit les scénarios de « Plus belle la Vie ». Ce qui ne semble pas être le cas ici.

Ce film parvient tout de même à réaliser l’exploit de propulser Ed Wood, Quentin Tarantino et Jean Rollin au firmament du 7e Art ! Ainsi, deux énormes différences séparent Sin City 2 de « Mon Curé chez les Nudistes » : le second ne se prend pas au sérieux, contrairement au premier, et Paul Préboist a du charisme, contrairement au pseudo-Mickey Rourke ridiculement déguisé en menhir de Carnac.

On me rétorquera « C’est de la BD. »
Primo : non, ça n’est pas de la BD, c’est du cinéma, désolé.
Secundo : parce que c’est tiré d’une BD, ça doit être d’une aussi affligeante nullité ? Je n’aime globalement pas la BD parce qu’elle est dans un entre deux qui ne me satisfait pas, mais je ne saurai dénigrer le genre tout entier pour son manque de fond.

Les spectateurs les plus pervers se satisferont peut-être des quelques secondes de nudité d’Eva Green (à supposer qu’il ne s’agisse pas d’images de synthèse comme le reste) : ils auront eu leurs quatre livres de chair (deux seins, deux fesses). Mais la (ou le) plastique de Mme Green, aussi joli(e) soit-il/elle, ne fait pas un film. De fait, Sin City 2 n’en est pas un.

ÜRBAN MENSCH

tache

De l’art de faire tache.

Dans ma voiture, pas plus tard que tout-à-l’heure, j’ai failli faire un triple tonneau barriqué en écoutant une émission de France Inter, où l’on a rabâché que surtout il ne faut pas avoir honte d’être chômeur, même si on n’a plus aucune estime de soi, car seul le travail permet de se sentir bien, même si on est inutile à la société, même si on est une sous-merde qui vit (et dans quelles conditions !) aux crochets des bonnes gens. Vive le service public ! (ah ben tiens, justement, c’est le titre de l’émission)

Et la nauséeuse révélation éclate dans mon esprit : nous vivons sous le règne tyrannique et assumé de l’Urbain (homo urbanisticus), proche cousin de l’Über. Or en ville tout est cher : la bouffe (forcément, avec trois ou quatre intermédiaires), l’habitat (forcément, avec la densité de population), les infrastructures (qui doivent être adaptées à la forte densité de population), les loisirs (certains loisirs, les plus onéreux, sont obligatoires en milieu urbain) et, au final, le travail. Il convient donc de payer pour avoir le droit de trimer et de gagner la possibilité de mal vivre dans des conditions qui feraient s’effaroucher un défenseur de la cause animale. Mais tout ceci, cet inconfort, cette pollution, ce stress, cette misère, ce moutonnisme, est heureusement balayé par l’énorme et gratifiant sentiment de faire partie de l’élite : « JE SUIS UN URBAIN ! Tout est à ma disposition ! Un claquement de doigts et je peux voir Benjamin Biolay en concert ! Un autre et je peux manger les mets les plus raffinés dans le restaurant le plus couru du pays ! Et enfin, et surtout, je ne suis pas un bouseux, un cul-terreux, un plouc. » Car apparemment, mieux vaut patauger dans une misère noire au cœur du pays que de vivre chichement mais décemment, voire bien, dans ce qu’il convient, pour certains, d’appeler le trou du cul du monde.

La crise que traverse le pays n’est pourtant pas une fatalité. Simplement il convient de regarder la situation en face et de dépasser les petites croyances bien-pensantes de quelques bo-bos privilégiés qui, dans leur grand humanisme, se satisfont tellement de leur contemplation nombrilesque, voudraient que chacun en ce bas-monde adopte le même mode de vie qu’eux, de force s’il le faut. Car l’humanisme, et tout particulièrement cet humanisme-là, ne souffre pas d’être contredit.

L’Urbain veut un monde meilleur, où chacun sera beau, cultivé et raffiné et sentira bon le Guerlain, où chacun travaillera sans peine dans un open space silencieux et blanc cassé, où chacun se retrouvera le soir en riant dans un café de quartier qui ressemblera comme deux gouttes d’eau à celui d’une sitcom, et où l’on boira de la bière sans alcool et des cappuccino con latte di soya en écoutant en fond sonore l’excellentissime dernier album dépressif – mais tellement beau et vrai, l’album d’une vie ! – de Christophe.

Hors cela, point de salut ! Tuez-les tous, ils ont trop mal, abrégeons leurs souffrances ! Dieu ! que la campagne est chiante, quand on n’y installe pas un lotissement ou un incinérateur d’ordures !