OUEST TERNE

djangoLorsqu’un pirate de l’air entreprend de détourner un Boeing 747 avec plusieurs centaines de passagers à bord, on peut supposer qu’il a un plan, un objectif. Ou alors, c’est qu’il s’agit d’un fou, d’un pauvre hère qui se fera rapidement buter par les services de sécurité ou finira par crasher tout le monde au milieu de nulle part. Quentin Tarantino fait partie de cette triste catégorie des pirates qui détournent l’avion pour le seul plaisir égoïste et vain de pouvoir visiter le cockpit.

Avec « Django unchained », Tarantino pastiche une fois de plus – ne sait-il donc faire que cela ? – un genre cinématographique, en l’occurrence le western spaghetti. Que les mânes de Ferdinando Baldi, Damiano Damiani, Sergio Corbucci et bien sûr Sergio Leone ne tremblent pas, elles n’ont rien à craindre, Django ne les concurrence pas, ne leur fait aucune ombre et, pire, ne leur rend pas même hommage. Django n’arrive pas à la cheville du plus mauvais des Trinita. Il n’est qu’un zéphyr tiède issu de la digestion rapide de Tarantino, une sorte de Big Mac qui voudrait se faire dos de chevreuil rôti aux baies de genièvre sauce Grand Veneur.

Là où un grand réalisateur nous happe et nous entraîne, de gré ou de force, dans un univers qui lui est propre, nourri de ses fantasmes, bâti sur une vision, et nous fait vivre et ressentir ce qu’il a décidé de nous faire vivre et ressentir, Quentin Tarantino se contente d’un plaisir solitaire et coupable et le spectacle de sa pignolade sur pellicule n’est pas même risible, juste pathétique et dérisoire.

Car lorsqu’on se saisit, qui plus est, d’un sujet comme l’esclavage, on tente au moins de le traiter avec respect. Mais Tarantino se fout bien des sujets qu’il traite, ce qui l’intéresse, c’est la forme. Aussi accumule-t-il grassement les poncifs et lieux communs dans un scénario aussi bavard et creux qu’un talk-show à une heure de grande écoute.

Enfin, d’un point de vue cinématographique, rien, pas la moindre créativité, aucune once d’originalité, même pas un plan dont on pourrait se souvenir comme étant peu ou prou esthétique.

Alors, que reste-t-il de ces deux heures cinquante minutes (!) boursouflées et d’une grande vacuité ? On s’amuse à remettre un nom sur la flopée de comédiens de seconde zone jadis connus (Bruce Dern, Don Johnson, Tom Wopat, le grand Franco Nero, Lee Horsley, Robert Carradine, etc.) qui viennent cachetonner pour compléter leur retraite, tandis que les « stars » pataugent dans le cabotinage le plus exécrable. Mention spéciale, toutefois, à Christoph Waltz qui tient son personnage de bout en bout et parvient, malgré le naufrage général qui l’environne, à lui donner suffisamment d’épaisseur pour être crédible.

Par pitié, Monsieur Tarantino, si vous aimez vraiment le cinéma de genre, cessez d’en faire, ou, comme Michael Bay, n’ayez pas d’autre ambition que de vendre du pop-corn dans des stabulations, car le reste vous est inaccessible.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s