LES AMOURS VULNÉRABLES DE DESDÉMONE ET OTHELLO

Les Amours vulnérables de Desdémone et OthelloRéécrire une œuvre célèbre est un exercice de style qui peut avoir son intérêt : mettre au goût du jour ou du public local une histoire universelle.
Ainsi, au XVIIIe siècle, Ducis s’empara-t-il de plusieurs œuvres de Shakespeare, mais au lieu de simplement les traduire, voire de les mettre en vers (comme le fit au siècle suivant Le Châtelain), entreprit-il de les réécrire en partant de la trame originelle ou des sources qui inspirèrent le Grand William.
Ainsi encore, plus près de nous, le travail de Tom Stoppard dans ses « Rosencrantz et Guildenstern are dead » ou « Shakespeare in Love » qui écrit à côté, en parallèle d’« Hamlet » ou de « Romeo and Juliet » et vient en donner un nouvel angle de lecture.
C’est donc d’un œil bienveillant que j’abordais « Les Amours vulnérables de Desdémone et Othello » de Manuel Piolat Soleymat et Razerka Ben Sadia-Lavant, « librement inspiré d’Othello, le Maure de Venise de William Shakespeare », et paru collaborativement chez Riveneuve éditions et Archimbaud éditeur.

Dès les premières pages, que dis-je : dès les premiers mots ! un sombre doute m’étreignit.
Il est toujours délicat de dire du mal d’un ouvrage qui vous a été offert (au passage, merci à Babelio et à son opération Masse Critique, ainsi qu’aux éditeurs qui jouent le jeu).
Mais force est de constater qu’il ne s’agit en effet nullement d’une réécriture et le texte n’est pas le moins du monde « librement inspiré ». Car d’inspiration, il n’y a point ! Il s’agit, bêtement et simplement, d’une traduction, qu’on a coupée, détricotée et retricotée, malaxée, martyrisée et amputée pour l’expurger de toutes les difficultés de mise en scène (le texte a d’ailleurs été monté par la co-auteure) et la rendre un peu plus nerveuse. Sans doute le texte était-il trop long ? la distribution trop nombreuse ?… Oh certes, il y a bien un bout de phrase inventé ici ou là, pour recoller les morceaux… mais un travail de collage est-il un travail d’auteur ?

Seule originalité du texte : chaque chapitre (oui, vous comprenez bien qu’au XXIe siècle, le découpage en actes et en scènes est totalement has-been) est gratifié d’un petit titre. C’est dire si les auteurs ont poussé loin la créativité et l’audace !
Non, la seule véritable audace dont les deux complices – au sens premier du terme – ont su faire preuve, c’est de substituer leurs noms à celui du poète au haut du livre et de n’en pas même faire état en quatrième de couverture. On passe à la postérité comme on peut.

L’ouvrage coûte 12 euros. On l’achètera à la sortie du théâtre si on a vu et apprécié le spectacle.
Sinon, on trouve d’excellentes traductions, complètes et gratuites sur internet : si on aime la littérature, on se tournera vers celle, ultra-classique, de François-Victor Hugo. Si on en veut une plus « jouable », celle de Guizot se prêtera fort bien à l’interprétation sur scène. Et si on est juste curieux, il y a aussi celles de Pierre Le Tourneur ou les versions du chevalier de Châtelain  ou de Ducis.

Je voudrais profiter de cette critique pour lancer un appel aux éditeurs de textes de théâtre. Un texte est destiné, avant tout, à être dit, à être joué. Donc tenu en main par une personne debout et en mouvement. Un livre avec une marge d’un centimètre, une couverture rigide au dos carré-collé ne permet pas ce genre d’exercice. Que faire, dans ce cas ? Prendre son courage à deux mains et retaper le texte, puis le maquetter sommairement et en faire une sortie imprimante au format livret. Si le livre avait été pensé préalablement, il aurait été plus rapide et pratique d’en acheter un exemplaire à chaque comédien et l’éditeur aurait gagné quelques sous supplémentaires.

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