UN ÉCRIVAIN AVERTI EN VAUT DEUX

forces à tondre

Les forces sont des outils ou instruments de coupe dotés de deux lames travaillant en cisaillement et réunies par un ressort. On les utilise notamment pour la tonte des moutons.

Certains sites web proposent des concours de nouvelles et certains auteurs, en herbe ou non, s’adonnent en toute quiétude à cet exercice.
Mais il serait bon, parfois, de prêter une attention particulière aux règlements de ces concours dont certaines clauses sont pour le moins… radicales (comprendre excessives) !

Ainsi, le règlement du concours mis en place par le site Je deviens écrivain (je ne mets pas le lien, inutile de leur faire de la pub) précise que :
« (…) L’auteur cède exclusivement à la Société organisatrice la totalité des droits patrimoniaux attachés à son œuvre et notamment les droits de représentation, de reproduction, de numérisation et d’adaptation de celle-ci. Cette cession est consentie pour une exploitation, pour le monde entier, pour la durée maximale légale de protection des droits de l’auteur et ses ayants droit.
Chaque auteur conserve un droit moral sur son œuvre, et en conséquence celui de voir son nom cité chaque fois que son œuvre le sera. Les Participants autorisent donc la Société organisatrice à publier leurs coordonnées et les œuvres dont ils sont les auteurs, et ce à titre gratuit.
Au titre des droits de reproduction, la Société organisatrice pourra en toute liberté reproduire l’œuvre ou des extraits de celle-ci par tout procédé de fixation matérielle existant ou à venir sur tout support, en tout format, et notamment : Sites internet, intranet, CD, DVD ou tout autre support d’enregistrement numérique, livres, brochures, catalogues, tarif, P.L.V., packaging, papeterie, invitations, documents de communication interne et/ou d’information journalistique dans la presse professionnelle ou grand public, reproductions en 2 ou 3 dimensions telles que jouets, objets publicitaires, multimédia…
Au titre des droits de représentation, la Société organisatrice pourra en toute liberté diffuser, représenter ou faire représenter l’œuvre au public par tout procédé, par tous moyens directs ou indirects notamment par toutes projections cinématographiques, vidéographies et par télédiffusion, quelque soit son mode, en particulier sur tous sites internet, par voie hertzienne, par TNT, par câble et par satellite, et d’une façon générale par toutes formes de communication directes ou indirectes auprès du public.
Au titre des droits d’adaptation, la Société organisatrice pourra en toute liberté adapter et modifier l’œuvre, et notamment pourra réaliser toutes formes de déclinaison de l’œuvre, tout  arrangement de couleurs, sur tous formats, par tous procédés techniques et sur tous supports incluant notamment les séquences animées d’images avec ou sans le concours de l’auteur, ces modifications soient effectuées par les services de la Société organisatrice ou par des agents extérieurs de son choix.
Au titre des droits de numérisation, la Société organisatrice pourra en toute liberté, enregistrer tout ou partie des œuvres sur un ou des supports informatiques et/ou électroniques. Cet enregistrement numérique pourra être dupliqué sur tout support, notamment disquette, disque dur, zip, cédérom…
La présente cession de leurs droits est consentie par l’auteur à la Société organisatrice à titre gratuit, ce qu’il accepte expressément.
L’auteur de l’œuvre garantit à la Société organisatrice la jouissance pleine et entière des droits cédés contre tout trouble, revendication ou éviction quelconque. Il s’interdit de consentir toute autre cession de droit à des tiers sur la même œuvre. (…) »

Comme on peut le constater, si on prend le temps et le soin de le lire intégralement, le règlement du présent concours précise que l’auteur de la nouvelle cède l’intégralité de ses droits, gratuitement, à la société organisatrice, qu’il ne pourra plus utiliser son texte librement et que celui-ci pourra être modifié, arrangé, adapté, coupé ou autre sans que l’auteur ait son mot à dire. Et bien sûr, l’auteur ne toucherait toujours rien si sa nouvelle était adaptée au cinéma ou à la télévision, par exemple.

Mieux : la société qui détient le site web en question étant une agence de communication, il serait ainsi parfaitement possible qu’elle utilise – toujours gratuitement et en toute liberté – tout ou partie d’un texte à des fins publicitaires pour une boîte de raviolis, un paquet de lessive ou des pilules magiques facilitant le transit intestinal.

Finalement, le site Je deviens écrivain permet à tout un chacun de devenir effectivement écrivain en lui donnant une bonne leçon sur la gestion de ses droits d’auteur. Et gratuitement, encore ! Quels philanthropes !

Ce site en particulier est un cas d’école, mais il en existe d’autres, avec des règlements aux clauses plus ou moins aberrantes. Preuve qu’il convient de lire avant d’écrire. Sinon… snip snip snip !

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5 réflexions sur “UN ÉCRIVAIN AVERTI EN VAUT DEUX

  1. C’est clair, il faut lire, entre les lignes parfois! Par contre, un document est valable lorsqu’il est signé? Or je ne crois pas que les sites internet demandent une signature, auquel cas les clauses ne sont pas valables

    • Bonjour Cros.
      Oui, en droit français, le clic équivaut à une signature manuscrite. Ainsi, dans le cas d’une vente en ligne, si le cybermarchand s’est avisé que le client a bien pris connaissance, avant d’avoir cliqué, des conditions générales de vente et qu’il les a acceptées, il sera garanti contre toute contestation en cas de litige.
      Ici, nous sommes aussi dans le cadre du droit des contrats et l’application est la même.

  2. C’est souvent le cas dans les concours. Note: le droit moral est conservé (vu qu’il ne peut pas être cédé niark niark) donc l’adaptation/modification/etc ne pourra être rendue publique qu’avec l’accord de l’auteur (et là, vas-y moneyage à donf l’adaptation TV sinon quéquette !)

    Moi, ce qui m’avait fait tiqué (je suis pas allée plus loin), c’est le « Ecrire à la troisième personne parce que ça prouve qu’on sait mieux écrire » alors que la première personne est justement une narration très difficile si on la veut bonne justement (donc en gros, c’est, vous écrirez comme des merdes, alors on vous la fait plus facile pour que vous évitiez de trop vous planter…)
    Ça et le fait d’écrire une nouvelle (dont seulement les 10 qui auront eu le plus de votes aka « popularité vs qualité réelle du texte ») pour publier un roman…

    Mais bon, l’idée d’être publié par un éditeur à toujours attiré beaucoup de monde…

  3. Je me suis fait avoir sur un truc comme ça, dans ma folle jeunesse, et avec la société des écrivains. Finalement, j’ai 2000 pages de texte sur lesquels je n’ai plus de droits, sauf si je paie pour les racheter. Je pense maintenant que je vais faire des lectures à des cercles restreints, puis m’auto-publier, ce sera plus confidentiel mais tout aussi plaisant de croiser mes futurs 10 fans mondiaux!

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