« MORDRE LE BOUCLIER » DE JUSTINE NIOGRET

« Mordre le Bouclier » de Justine NiogretJe commençais ma critique de « Chien du Heaume » de Justine Niogret de la sorte :
Vous aimez les barbares musculeux qui décapitent une hydre d’un revers de lame négligent ? Les magiciens omniscients qui déclenchent des sortilèges aux conséquences cataclysmiques ? Les quêtes épiques, les dragons caparaçonnés, les batailles dantesques, les chevaliers courtois, les belles guerrières dénudées, les nains, trolls, orcs, gobelins ou autres représentants du Petit Peuple ? Passez votre chemin, manant, vous ne trouverez rien ici qui satisfasse votre désir.

« Mordre le Bouclier » est la suite de « Chien du Heaume » et mon introduction reste valable. Elle est même encore plus appropriée pour ce volume !

Nous sommes à une époque charnière : les villes prennent de l’importance tandis que les castels tombent en ruine. Il en va des vieilles pierres comme des hommes, à ceci près que ces derniers s’interrogent sur leur présence ici-bas, et sur leur place dans l’édifice. Leurs corps ont réchappé à tant de périls, ressenti tant de douleurs, exsudé tant de haine qu’ils ne savent même plus pourquoi ils sont encore animés d’une étincelle de vie, pourquoi leur reptation vers un destin qu’ils devinent, qu’ils connaissent déjà, perdure encore. Si ce n’est du fait de cette volonté forgée par l’habitude de la souffrance.

Soyons clair : il ne se passe pour ainsi dire rien sur les deux cent vingt pages de ce roman crépusculaire. Mais ce rien est captivant, hypnotique. Tel un accident de voiture auprès duquel on passe sur l’autoroute : on sait qu’on est voyeur et que le spectacle va être horrible, mais on ne peut s’empêcher de regarder. Et l’image imprimera à jamais notre rétine. Le rien de Justine Niogret imprimera l’œil du lecteur de façon indélébile et le hantera ensuite.

Ce rien, c’est un abcès qui suppure et s’écoule mauvaisement, ligne après ligne. Nous en sommes les victimes, au même titre que les personnages. Nous sombrerons avec eux, nous boirons le calice jusqu’à la lie. Mais que reste-t-il ensuite, lorsque le pus s’en est allé ? La chair vive et fraîche, palpitante.

Malgré sa noirceur putride, l’œœuvre de Justine Niogret est un vibrant appel à la vie.

Post-Scriptum : quelques anachronismes (peut-on parler « d’anachronisme » dans un moyen âge fantasmé ?) étonnants traînent ici et là. Ils ne nuisent ni à l’action (et pour cause) ni à la compréhension, mais irritent l’œil… Pourquoi sont-ils là ? Un pari ?

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