« CHIEN DU HEAUME » DE JUSTINE NIOGRET

« Chien du Heaume » de Justine NiogretVous aimez les barbares musculeux qui décapitent une hydre d’un revers de lame négligent ? Les magiciens omniscients qui déclenchent des sortilèges aux conséquences cataclysmiques ? Les quêtes épiques, les dragons caparaçonnés, les batailles dantesques, les chevaliers courtois, les belles guerrières dénudées, les nains, trolls, orcs, gobelins ou autres représentants du Petit Peuple ? Passez votre chemin, manant, vous ne trouverez rien ici qui satisfasse votre désir.

Chien du Heaume n’a de « Fantasy » que la classification dans la collection de l’éditeur. Justine Niogret a écrit ce qu’on pourrait appeler une « fantaisie historique », ancrée dans le réel fantasmé de ce qu’aurait pu être un certain haut moyen âge, que les anglophones ont l’habitude d’appeler « the dark ages » (et qui n’avaient d’ailleurs de sombre que les nuits sans lune). C’est la vraie vie dans un monde qui aurait pu exister, avec ses attentes déçues, ses longues périodes d’ennui ou de désespoir, et son lot de tripaille puante. Car on ne traverse pas les âges sombres impunément : on patauge dans la merde, la peur tord les viscères, l’acier se repaît de sang noir et lourd et le froid, la faim et la maladie prennent leur comptant de vies.

L’histoire est courte – « seulement » 200 pages de livre de poche (enfin un ouvrage qui ne se délaye pas inutilement sur 5 tomes de 500 pages !) -, dense et… frustrante ! au même titre que la vie peut l’être lorsque l’espoir ou la raison s’évapore.

On pourra reprocher à Chien du Heaume un certain manque d’attrait ou d’action. De fait, il ne s’y passe pas grand-chose. Les personnages étant réalistes, il ne leur arrive rien de véritablement trépidant. Des héros de Fantasy auraient vécu d’incroyables aventures. Mais héros, ils ne le sont point, et leur histoire n’a rien d’une saga épique. Ils ne sont que des femmes et des hommes en butte à l’extrême rudesse de l’existence en ces temps troublés.

Usant d’une langue très stylée, saupoudrée de soupçons de vocabulaire archaïque, Justine Niogret a réalisé là une œuvre de fiction originale et de qualité, qui réconcilie avec la littérature de genre, laquelle est trop souvent abandonnée à une production industrielle médiocre et formatée.

Tant de louanges doivent être compensés tant soit peu, il en va de ma réputation ! La seule fausse note du texte réside, à mon sens, dans le court prologue, qui n’est rattaché en rien au reste du texte (ou je n’ai rien compris à l’histoire, ce qui n’est pas impossible). On en arrive à se demander s’il ne manquait pas quelques pages à l’éditeur pour sortir le livre…

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Une réflexion sur “« CHIEN DU HEAUME » DE JUSTINE NIOGRET

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