« FRANÇOIS VILLON, POÈTE ET CLERC TONSURÉ » DE GEORGES LAS VERGNAS

pendus

Frères humains qui après nous vivez
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, se pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.
Vous nous voyez cy attachez cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça devoree et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s’en rie :
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

Georges Las Vergnas est un personnage qui mériterait, à son tour, qu’on lui rédige une biographie à la hauteur de sa verve : vicaire de la cathédrale de Limoges, il perdit la foi après la seconde Guerre Mondiale et devint libre penseur. Dès lors, il n’est guère étonnant qu’il ait porté sont intérêt sur cet autre personnage, ô combien illustre, clerc comme lui et à l’existence tout aussi ambiguë : François Villon.

Cette œuvre n’est pas tant une biographie que le roman du poète : La Vergnas est un fin lettré et sous sa plume revivent joyeusement Villon, bien sûr, mais aussi ses acolytes de beuveries, les femmes de petite vertu qu’il troussa, les bandits de grand chemin qu’il fréquenta…

« Il fut l’honorable souteneur, pendant quelques mois, de la Grosse Margot, tripeuse et puissamment boyautée, testonnante et callipyge, salaison de toutes luxures. Ô muse lascive, tu lui as prêté de vifs accents pour la chanter au luth : Tous deux ivres, dormons comme un sabot…
Quelle plasmature ! quelle charnure ! quel tempérament ! Et il revit les matins effondrés où elle le laissait éreinté après qu’ils eussent toute la nuit joué à serre-croupière. »

« Il enviait ces ecclésiastiques lippus, ventrus et joufflus ; ces ventricoles adipeux, ces riches panses, ces croquelardons de haut lard, ces fripe-sauces et écumeurs de pots. Ils s’emplissaient aux gargotailles du matin comme aux crevailles du soir. Et pionçaient lourdement des repaissailles du soir aux morfiailles du matin.
Quelle belle vie ! pense Villon. »

L’ouvrage n’est pas une thèse, et la précision scientifique n’est pas de rigueur, mais la faconde de l’auteur l’emporte et c’est réel plaisir que de lire les pathétiques tribulations de ce traîne-misère entrecoupées des vers du grand poète.

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Une réflexion sur “« FRANÇOIS VILLON, POÈTE ET CLERC TONSURÉ » DE GEORGES LAS VERGNAS

  1. Pingback: François Villon. Poète et Clerc Tonsuré | Georges Las Vergnas (1911-1986)

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