LETTRE À MADAME LE MINISTRE DE LA CULTURE

Ma petite Aurélie,

Vous permettrez sans doute, Madame le ministre, que j’use avec vous du même ton de condescendance bienveillante dont vous usâtes vous-même préalablement avec les auteurs.

En revenant comme vous le fîtes sur vos propos, cette fameuse petite phrase de « l’éditeur qui fait la littérature » et en tentant d’expliciter le fond de votre pensée, je crains que vous ne persévériez dans l’erreur. Errare humanum est, perseverare diabolicum… Pire, vous vous rendez ridicule.
Car, une fois pour toute, l’éditeur ne fait pas la littérature, pas plus que le ministre ne fait la culture. Tout au plus peut-il, éventuellement, servir de catalyseur ou, dans une moindre mesure encore, de guide.
Imaginez plutôt, si vous aviez malgré toutes les apparences raison : les éditeurs sont des entrepreneurs, même si de nos jours les mots esprit d’entreprise ou risque ont été bannis depuis longtemps de leur vocabulaire. Leur objectif est de faire du chiffre d’affaires. Un bon éditeur est un éditeur qui vend ! Auquel cas, Zlatan Ibrahimovic, Johnny Hallyday, Marc Lévy, Guillaume Musso, E.L. James et les innombrables auteurs des éditions Harlequin seraient aujourd’hui en lice pour le Prix Nobel de littérature. Et vous-même vous seriez gravement fourvoyée en choisissant votre éditeur, vos ouvrages ne se vendant pas – loin s’en faut – aux mêmes volumes que ceux des piliers de la littérature précédemment cités… Devrait-on en conclure alors qu’il ne vous aurait pas totalement faite auteur, que vos livres ne seraient pas totalement littérature ?
Convenez-en, c’est absurde.
Enfin, je vous en prie, gardez pour vous les promesses de l’auto-édition : les auteurs sauront s’en passer. Ils continueront de faire ce qu’ils font depuis des siècles – que dis-je, des millénaires : écrire ! Écrire contre vents et marées. Écrire avec ou sans éditeur, écrire avec ou sans argent, écrire avec ou sans lecteur, même ! Et écrire quel que soit le ministre de la culture. Par pitié, n’intervenez pas. Laissez-les exprimer leur art. Librement.
Je vous prie de croire, ma petite Aurélie, en l’expression sincère de mon amour des lettres et de mon souhait de voir un jour un ministère de la culture à la hauteur des attentes de tous les artistes.
Votre serviteur,

Hervé LOTH

PS : je constate avec surprise que vos ouvrages sont toujours en vente sur le site Amazon.fr, qui pourtant, d’après vos dires, détruit les librairies indépendantes en usant de pratiques déloyales. Vous devriez faire preuve de davantage de cohérence, sous peine de perdre en crédibilité.

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