HAÏR CORDIALEMENT ET CORRECTEMENT

Les corrections orthographique et grammaticale de textes sont un marché qui va croissant à mesure que les compétences des individus sombrent dans le grand marasme de la médiocrité linguistique, médiocrité étant un doux euphémisme.
Deux logiciels se partagent majoritairement cette aubaine commerciale : Antidote et Cordial, qui sont tous deux à des prix que seul un résultat extraordinaire peut justifier (respectivement 100 et 75 €). Mais qu’en est-il réellement ?
C’est la crise !
Mon activité de relecteur/correcteur étant directement en concurrence avec celle de ces robots, et ne me considérant pas moi-même comme infaillible, j’ai voulu tester cette intelligence artificielle spécialisée dans la langue française. J’ai donc fait l’acquisition de la dernière version de Cordial Référence, qui « s’est imposé comme le meilleur correcteur de la langue française » et l’ai installé sur mon Windows Seven.
Tout d’abord, le logiciel est une véritable usine à gaz qui prend environ 650 Mo sur le disque dur (et encore, je n’ai pas tout installé) !!!
Ensuite, il est dit sur l’emballage qu’il « s’intègre parfaitement dans vos suites bureautiques, dans vos navigateurs et dans vos logiciels de messagerie. » À un détail près : l’intégration ne se fait réellement que sur un nombre limité de logiciels spécifiques, majoritairement commerciaux, que je n’utilise donc pas. Peu importe ! je n’ai pas l’intention de l’utiliser en dehors de mon traitement de texte, qui est reconnu par le logiciel (LibreOffice étant encore suffisamment similaire à OpenOffice). Et heureusement, car le « Popup lexical » (on appelle un dictionnaire en sélectionnant un mot dans un texte et en usant d’une combinaison de touches) ne fonctionne pas non plus.
Après un temps de paramétrage nécessaire pour fixer finement le niveau d’exigence, je lance la correction sur un texte, certes littéraire, mais d’un niveau de langage relativement courant. Et le résultat est assez affligeant.
Quel cirque !
Tout d’abord, le logiciel est quasi systématiquement mis en échec si la phrase n’est pas de la forme sujet-verbe-complément. Dès lors, il fera des propositions de corrections plus ou moins fantaisistes, lesquelles ne feront que plonger la personne ayant des difficultés en grammaire dans la perplexité la plus totale. Pire, il pourra l’induire en erreur ! Un comble !
Ainsi, pour le début de phrase « Plus un homme a de pouvoir, » le logiciel proposera de remplacer le verbe avoir à la 3e personne du singulier a par la préposition à.
Parfois aussi, il confond un adjectif avec un verbe et propose donc de le conjuguer en le raccordant avec le nom le plus proche, considéré alors comme sujet. Du grand n’importe quoi. De même, il est souvent incapable de déterminer le nom auquel se rapporte un adjectif, même lorsqu’il y est accolé ! Ainsi, Cordial proposera de mettre le mot austral au féminin dans le tronçon de phrase « la mauvaise alimentation dans le secteur austral ».
On le voit, « le meilleur correcteur de la langue française » est au mieux inutile, au pire trompeur, et dans tous les cas pas (encore ?) une menace pour ma profession.
À noter qu’il existe des correcteurs et dictionnaires gratuits qui se révèlent sinon supérieurs, du moins d’un niveau équivalent à ce logiciel payant, comme par exemple Grammalecte et GoldenDict.

LIENS LITTÉRAIRES Saison 1 Épisode 1

[EBOOKS GRATUITS] L’intégrale Lovecraft gratuite, en 1 fichier zip (et en VO) pour vos liseuses/tablettes : http://bit.ly/fGiKWx
[EBOOK GRATUIT] « Le Rhin » de Victor Hugo
Tome 1 : http://www.gutenberg.org/ebooks/41986
Tome 2 : http://www.gutenberg.org/ebooks/42151

[EBOOK GRATUIT] « Le Resquilleur sentimental » de René Pujol
Robert Delessart est un jeune homme doux, un peu roublard et facilement menteur, qui, après avoir été vendeur de gants, devient un peu par hasard détective privé. Les heurs et malheurs de ce pauvre détective improvisé à l’imagination débordante, sont racontés avec un humour décalé et faussement naïf qui ravit, comme la visite de Paris dans un car d’étrangers ou son séjour à Nice dans un palace, cocasse.
René Pujol, journaliste et librettiste, écrivain de romans policiers, d’anticipation et d’amour, puis réalisateur de films, nous transporte dans la société des années trente, avec un œil critique et drôle.
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[EBOOK GRATUIT] « Kathi la Grand’Mère » de Jérémias Gotthelf
Tome 1 : Nous sommes au milieu du XIXe siècle dans l’Emmenthal (vallée de l’Emme). Kathi vit seule, avec son petit-fils Petit-Jean, dans un très modeste chalet près de la rivière. Elle cultive un jardin et un petit champ de lin qui fait sa fierté. Un soir, un orage extrêmement violent détruit une bonne partie des cultures. Sans ressource désormais, comment Kathi va-t-elle passer l’hiver ?
http://www.ebooks-bnr.com/gotthelf-jeremias-kathi-la-grandmere-1ere-partie/
Tome 2 : Kathi pensait avoir surmonté le plus gros de ses épreuves mais l’année qui ne fait que commencer en réserve encore bien d’autres, mais aussi des joies, à la population de l’Emmental. Ainsi Jean, son fils blessé dans une bagarre au sujet d’une jeune fille, tombe à sa charge…
http://www.ebooks-bnr.com/gotthelf-jeremias-kathy-la-grandmere-2e-partie/

[EBOOK GRATUIT] « L’indocile » d’Édouard Rod
Après deux échecs à l’École normale à cause de son esprit fantaisiste, Valentin Délémont doit quitter Paris et sa modeste chambre mansardée. Son oncle Romanèche, le député et directeur de l’Égalité, lui a trouvé un poste de précepteur. Valentin prend congé de ses amis : Urbain, libre penseur anticlérical, Claude, qui lui, catholique, penche plutôt pour le Sillon …et Paule-Andrée. Entre convictions politiques et croyances, entre célébrations laïque et fastes de la Ville éternelle, Valentin restera-t-il indocile ?
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[LITTÉRATURE] « Le factuel et le fictionnel dans « Ardor guerrero », « Sefarad » et « Ventanas de Manhattan » d’Antonio Muñoz Molina » par Élodie Vaquero-Nourrisson
La présente thèse vise à interroger les rapports qu’entretiennent le factuel et le fictionnel dans « Ardor guerrero », « Sefarad » et « Ventanas de Manhattan » d’Antonio Muñoz Molina. En effet, si ces œuvres se présentent respectivement comme trois modalités d’une écriture factuelle, à savoir des mémoires, des témoignages et un récit de voyage, elles ne peuvent néanmoins être exemptes de fictionnalité. L’hybridation des faits et de la fiction au sein de ce corpus apparaît non seulement comme inéluctable mais aussi porteuse de sens dans la mesure où elle permet d’approcher d’une part la vision personnelle de l’auteur sur le monde et d’autre part les histoires de l’Autre dans toute sa vérité et son intimité.
http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00793006

[EBOOKS GRATUITS] OpenEdition Books est une plateforme de 366 livres en sciences humaines et sociales. Plus de la moitié d’entre eux est en libre accès. Des services complémentaires sont proposés via les bibliothèques et institutions abonnées.
http://books.openedition.org

[EBOOK GRATUIT] « Traité sur la tolérance » de Voltaire, sur le Projet Gutenberg
http://www.gutenberg.org/ebooks/42131

[LITTÉRATURE] « Analyse des Manuscrits des Trois contes : la transcendance des hommes, des lieux et des choses chez Flaubert » par Eri Ohashi
Les recherches sur les Trois contes, considérés comme une oeuvre secondaire, n’avancent pas tellement en comparaison avec celles qui portent sur les autres oeuvres de Flaubert. Cependant les Trois contes représentent le dernier ouvrage complet de Flaubert et ils ont deux grandes particularités. La première est relative à la forme de l’oeuvre,c’est-à-dire le conte ; la deuxième se caractérise par l’emploi des trois dénominateurs communs qui se manifestent dans les romans de Flaubert : la fiction, l’histoire sacrée et l’histoire ancienne en Orient. De plus, l’action des contes se passe à diverses époques, de l’Antiquité au XIXe siècle.Dans cette recherche, en réfléchissant sur le motif qui poussent Flaubert à écrire les Trois contes, nous analysons l’évolution du processus créatif du point de vue des interactions des personnages et des épisodes dans chaque conte ainsi que dans la totalité des Trois contes, à fin de reconsidérer la conception littéraire de Flaubert qui continue à influencer la littérature moderne. Malgré la brièveté de cette œuvre, Flaubert laissa de nombreux manuscrits, carnets et correspondances avant de parvenir aux aboutissements des textes définitifs. Il est donc indispensable d’interpréter l’avant-texte pour analyser les Trois contes.En fait, l’analyse des manuscrits nous confirme que la méthode de création de Flaubert selon laquelle il dédouble ses personnages et ses épisodes, forme une cohérence et en même temps un univers sans fin qui transcende les frontières non seulement entre des éléments divers à l’intérieur de chaque conte, mais aussi entre des époques et entre des cultures occidentales et orientales.
http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00790321

[LANGUE] « La construction morphologique des noms désadjectivaux suffixés en français » par Aurore Koehl
Menée dans le cadre de la morphologie lexématique, cette thèse a vocation de faire progresser la réflexion sur l’une des questions centrales de la morphologie constructionnelle des langues, à savoir les critères d’identification des règles de construction de lexèmes (RCL), en prenant le cas des noms désadjectivaux du français comme support. Nous traitons les suffixes -ité (BANALITÉ), -eur (BLANCHEUR), -esse (TENDRESSE), -itude (AMPLITUDE), -ise (GOURMANDISE) et -erie (NIAISERIE) qui sont utilisés comme exposants de règle dans la construction de noms désadjectivaux. Les noms étudiés proviennent du Trésor de la langue française (TLF), du journal Le Monde et de la Toile. Comment détermine-t-on les RCL ? Une première hypothèse est qu’à un exposant formel identifié correspond une RCL à laquelle s’oppose une seconde hypothèse selon laquelle à une seule RCL correspondent plusieurs exposants. Il s’agit de déterminer quelle est l’influence de la valeur des exposants dans la définition de RCL. Cela implique d’étudier les conditions de sélection des bases et d’étudier les critères aboutissant aux différentes formes de noms désadjectivaux. La première question relève d’une logique liée aux conditions d’application des règles, la seconde relève des motivations du locuteur intervenant dans les conditions de concurrence entre les suffixes. Nous menons une étude sur la disponibilité de chaque suffixe en comparant les noms contenus dans le TLF et les créations des locuteurs en recourant au corpus Le Monde et à la Toile. Nous étudions également si les RCL subissent d’autres influences que celles des exposants, en analysant les contextes d’apparition des doublons (e.g. TENDRESSE / TENDRETÉ).
http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00789824

[LECTURE & DANSE – LE CORPS DU TEXTE ?] « La Lecture comme geste » par Barbara Formis et Julie Perrin
Sur les postures du lecteur dans la peinture occidentale et sa représentation sur la scène chorégraphique contemporaine. Sur le geste du lecteur dans la situation de conférence. Extrait : « Lire relève d’une posture mentale autant que corporelle. C’est la nature chorégraphique de cette pratique qui nous intéresse ici : la dimension corporelle d’une activité que l’on ne peut réduire ni à son opération de déchiffrage, ni à une technique mentale permettant de prendre connaissance d’un texte, ni à son caractère linguistique. Lire, c’est d’abord du geste, c’est le mouvement des yeux sur un support pour en identifier les caractères inscrits. [Barbara Formis lit un temps le texte de Julie Perrin par-dessus son épaule.] Pour prendre connaissance d’un contenu le mouvement est en jeu et il ne se limite pas à celui des yeux. On ne peut certes pas séparer la pratique intellectuelle de la pratique corporelle qui constitue la lecture. Elles sont étroitement liées : l’action est pétrie de mots, la corporéité est traversée par le langage. »
http://hal-univ-paris8.archives-ouvertes.fr/hal-00789854

DU RÊVE, DES LIVRES, DES FEMMES…

En mars prochain se tiendra le Salon du Livre et Papiers anciens, dans le 17e à Paris.
Et en voyant l’affiche, on ne peut s’empêcher de ressentir un léger malaise… Certes, elle représente des livres anciens, mais on y voit surtout un visage de femme, glamour, qui nous regarde droit dans les yeux. Lit-elle ? non, elle nous fixe, nous sommes sa proie hypnotisée, future victime consentante de ses lèvres purpurines…
Salon du Livre et Papiers anciens. Bon sang ! Aujourd’hui, en 2013, au XXIe siècle donc, on utiliserait encore ce bon vieux subterfuge de publicitaire ? Un mannequin, un soupçon d’érotisme suggéré et (au choix) des yaourts, des voitures, des boulons, de la crème pour les hémorroïdes ou… des livres anciens. Noooooooon… Il doit y avoir une autre explication.
Approchons-nous de l’affiche. Que lisons-nous ? « Thème : la Nouvelle Vague… les Années 60 » Ah ! voilà ! Comme ce n’est pas facile de rendre les années 60 à partir de tranches de livres, le visage est là pour nous les suggérer, notamment par la coiffure. D’ailleurs que faire d’autre ? Mettre le visage d’un homme, avec moustache et rouflaquettes, une Gitane maïs aux lèvres ? Non, non, non. Impensable. Ouf ! Il ne s’agit donc pas d’une publicité machiste.
Et puis, pour s’en assurer, il suffit de retrouver le visuel du salon de 2012…
Euh…
Finalement, même dans le crâne du plus chenu et poussiéreux des bibliophiles, il y a un cerveau reptilien qui sommeille, non ?

MES VILAINES PETITES PHRASES – Épisode 1

D’aucuns appelleraient cette rubrique « Maximes et Pensées », mais il faut bien admettre que « Minimes et Dépensées » leur conviendrait mieux.

  • Les lasagnes du Pape sont devenues la nouvelle obsession des journaux… Honni soit qui Mali pense.
  • les blogs littéraires avec une faute par mot…………….
  • « Le libraire indépendant est ancré dans le territoire. » Vraiment ? Combien ont un rayonnage auteurs locaux ?
  • Parfois, certaines choses me paraissent si absconses qu’elles en deviennent poétiques. « Frittage de nano-pâte d’argent : impact de la métallisation du substrat sur la tenue à la fatigue thermique des assemblages de puissance », par exemple.
  • Euh… une boutique d’aliments et d’accessoires pour animaux domestiques me souhaite une bonne Saint Valentin… j’aime bien les animaux, mais tout de même !
  • « Régulation de la métalloprotéase ADAM10/Kuzbanian par les tétraspanines à 8 cystéines et conséquences sur l’activation de la voie Notch chez les mammifères et la Drosophile »… Il y a plus de créativité, d’imaginaire, de matière riche dans ce simple titre que dans tout un recueil de Francis Ponge.
  • « À poil ! » Il est étonnant de constater que ces deux mots sont généralement lancés à des personnes rasées de très près. « À peau ! » ne serait-il pas plus juste ?
  • Citation : « Je souhaite qu’on puisse accueillir plus d’artistes indiens pour que les montagnes françaises prennent toute leur place dans l’imaginaire des Indiens. » – Aurélie Filippetti, ministre de la culture. Sans commentaire.
  • [MALTRAITANCE] bouhouhou… je suis submergé par les pubs pour le dernier Marc Lévy…
  • Le nombre de personnes prêtes à tuer père et mère pour un travail dont elles disent pis que pendre quand elles ne risquent pas de le perdre… j’en suis tout ébaubi.
  • L’homme retranché au sommet de la grue pour attirer l’attention sur les pères privés d’enfants menace de se mettre seins nus (des prothèses PIP ?), de s’immoler et de se jeter sur l’usine PSA (est-elle désamiantée, seulement ?) devant laquelle les ouvriers grévistes regardent passer le cortège Civitas en mangeant des lasagnes au cheval.

LETTRE À MADAME LE MINISTRE DE LA CULTURE

Ma petite Aurélie,

Vous permettrez sans doute, Madame le ministre, que j’use avec vous du même ton de condescendance bienveillante dont vous usâtes vous-même préalablement avec les auteurs.

En revenant comme vous le fîtes sur vos propos, cette fameuse petite phrase de « l’éditeur qui fait la littérature » et en tentant d’expliciter le fond de votre pensée, je crains que vous ne persévériez dans l’erreur. Errare humanum est, perseverare diabolicum… Pire, vous vous rendez ridicule.
Car, une fois pour toute, l’éditeur ne fait pas la littérature, pas plus que le ministre ne fait la culture. Tout au plus peut-il, éventuellement, servir de catalyseur ou, dans une moindre mesure encore, de guide.
Imaginez plutôt, si vous aviez malgré toutes les apparences raison : les éditeurs sont des entrepreneurs, même si de nos jours les mots esprit d’entreprise ou risque ont été bannis depuis longtemps de leur vocabulaire. Leur objectif est de faire du chiffre d’affaires. Un bon éditeur est un éditeur qui vend ! Auquel cas, Zlatan Ibrahimovic, Johnny Hallyday, Marc Lévy, Guillaume Musso, E.L. James et les innombrables auteurs des éditions Harlequin seraient aujourd’hui en lice pour le Prix Nobel de littérature. Et vous-même vous seriez gravement fourvoyée en choisissant votre éditeur, vos ouvrages ne se vendant pas – loin s’en faut – aux mêmes volumes que ceux des piliers de la littérature précédemment cités… Devrait-on en conclure alors qu’il ne vous aurait pas totalement faite auteur, que vos livres ne seraient pas totalement littérature ?
Convenez-en, c’est absurde.
Enfin, je vous en prie, gardez pour vous les promesses de l’auto-édition : les auteurs sauront s’en passer. Ils continueront de faire ce qu’ils font depuis des siècles – que dis-je, des millénaires : écrire ! Écrire contre vents et marées. Écrire avec ou sans éditeur, écrire avec ou sans argent, écrire avec ou sans lecteur, même ! Et écrire quel que soit le ministre de la culture. Par pitié, n’intervenez pas. Laissez-les exprimer leur art. Librement.
Je vous prie de croire, ma petite Aurélie, en l’expression sincère de mon amour des lettres et de mon souhait de voir un jour un ministère de la culture à la hauteur des attentes de tous les artistes.
Votre serviteur,

Hervé LOTH

PS : je constate avec surprise que vos ouvrages sont toujours en vente sur le site Amazon.fr, qui pourtant, d’après vos dires, détruit les librairies indépendantes en usant de pratiques déloyales. Vous devriez faire preuve de davantage de cohérence, sous peine de perdre en crédibilité.

MINISTÈRE AMER

Le saviez-vous ? 60 000 œuvres littéraires indisponibles ont été numérisées, aux frais du contribuable et au profit des éditeurs, avec la bénédiction d’Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, et tout cela dans la plus totale illégalité.De quoi s’agit-il ?

Les œuvres indisponibles sont des textes qui ne sont pas encore tombés dans le domaine public, qui ne sont plus édités, mais dont on n’arrive pas à mettre la main sur l’auteur (on ne sait pas qui c’est, par exemple, ni comment le joindre) ou sur l’ayant-droits (le plus souvent pour des problèmes de succession). Pour ne pas laisser ces œuvres, qui sont en quelque sorte orphelines ou en déshérence, loin des yeux et du cœur du public, le Parlement a voté une loi qui permettra, en violation du droit d’auteur et de la propriété intellectuelle, de numériser ces œuvres sans demander leur avis aux auteurs ou aux ayants-droits. Qu’elle pose un certain nombre de problèmes n’est sans doute pas pour rien dans le fait que le décret d’application n’a toujours pas paru à ce jour. La loi en question ne peut donc s’appliquer. Or, aux dires d’Aurélie Filippetti, 60 000 textes ont déjà été numérisés.

Qui est en lice ?

• D’une part, les auteurs. On ne sait pas qui sont leurs ayants-droits ni comment les joindre. Et on ne s’empresse pas d’essayer, ils pourraient ne pas être d’accord. C’est pourquoi une procédure de opt-out a été imaginée : on ne demande pas son avis à l’auteur, mais s’il s’avère qu’il n’est pas content, il pourra demander le retrait de son œuvre du fonds numérisé. À supposer qu’il soit au courant et qu’il intervienne dans les six mois. Sans quoi, il devra entamer des démarches pour faire valoir ses droits auprès des éditeurs qui exploiteront ses œuvres.
• D’autre part, la Bibliothèque Nationale de France et – par son biais – le ministère de la culture, lesquels ont donc entamé la numérisation de ces textes – sans l’accord des ayants-droits donc, puisqu’ils ne savent pas de qui il s’agit, et en totale infraction avec la législation. Cette numérisation a bien entendu un coût, que nos impôts servent à éponger. 60 000 textes ont d’ores et déjà été passés à la moulinette, de 440 000 à 640 000 (!!!) sont encore à venir.
• Enfin, les éditeurs. J’entends par là les grosses maisons d’édition traditionnelles. Ces éditeurs n’éditent plus les œuvres en question. C’est sans doute trop cher pour un résultat aléatoire. Car aujourd’hui, être éditeur, c’est vendre ce qui se vend facilement. Le risque a été éradiqué de la profession : mieux vaut un livre médiocre (doux euphémisme) avec un nom connu vendu à des centaines de milliers d’exemplaires à grands renforts de publicité, que de prendre un risque financier sur un chef-d’œuvre potentiel, ou ne serait-ce qu’un excellent ouvrage. En ce sens, les éditeurs ne sont plus des entrepreneurs, juste des exploitants (je n’ai pas écrit exploiteurs, malgré la tentation). Toutefois, ils veulent bien récupérer les œuvres numérisées par le ministère pour les exploiter au format numérique. Ça ne leur coûte quasiment rien et il y aura bien quelques péquenauds pour les acheter. Et ils garderont les sous pour eux, puisqu’ils ne savent pas comment reverser leur part aux auteurs.

Au final, le consommateur/contribuable a donc payé (la numérisation) pour avoir le droit de repayer (l’achat de l’œuvre numérisée, laquelle sera sans doute protégée par des DRM en interdisant le prêt ou même la lecture sur différents appareils). En termes judiciaires, on pourrait parler de crime organisé

Vous reprendrez bien un peu de lubrifiant ?

COUVREZ CE XXXX QUE JE NE SAURAIS VOIR…

Faut-il, d’un repeint pudique, couvrir poitrines et sexes des œuvres picturales, et blanchir la peau des sauvages qui y sont représentés ?
Faut-il réécrire toute la littérature ? Remplacer le mot con par pistil dans « La Philosophie dans le Boudoir » du divin marquis, et corriger la réplique de Dolmancé disant qu’« hier encore, un petit garçon de sept ans fut dépucelé par ce vit en moins de trois minutes… » ?
Faut-il ôter les vilains mots des contes pour enfants ou des textes de Mark Twain, qui prenait pourtant partie pour les noirs ?
Faut-il réserver la lecture des œuvres de Tolkien aux seuls universitaires et jeter les exemplaires du « Seigneur des Anneaux » encore en circulation dans les flammes de l’Orodruin ?  Et que dire ou faire alors des œuvres de Céline ! Ne suis-je d’ailleurs pas coupable en parlant d’œuvre ?
Faut-il empaler une effigie de Tintin au beau milieu de la rue des Colonies à Bruxelles ?
Et enfin, faut-il remplacer la pipe de Jacques Tati par une tourniquette ridicule ?
La censure est une chose vile, car elle sous-tend que le public est incapable de se forger une opinion par lui-même, incapable de différencier le Bien du Mal.
Mais quand une Nation, un peuple, une civilisation nie son passé, son art, et s’emploie à modifier la réalité historique pour la conformer à une morale, de pareilles réécritures, de semblables transformations des œuvres portent – en anglais – un autre nom : negationism.
En bon français, on usera de l’euphémisme « déni historique ».

AMAZON M’A POSÉ UN LAPIN !

La publicité ciblée, ça n’est pas encore au point, loin s’en faut !
Pour preuve, j’ai reçu ce matin dans ma boîte courriel, cette réclame en provenance d’Amazon (dont je suis par ailleurs un fidèle client, honte sur moi !), me vantant les mérites des ouvrages de Mme Marie-France Floury, dont j’ignorais le travail jusqu’à ce jour, ce dont je ne me portais pas plus mal, sans autre considération – positive ou négative – sur le travail de cet auteur.
Car ceux et celles qui me connaissent savent que je n’ai pas d’enfant, n’envisage pas d’en avoir, considère d’ailleurs ceux des autres avec un dégoût rarement dissimulé, et attache autant d’intérêt à la littérature enfantine qu’à la lactation des yaks (et encore) !
Enfin, concernant les petits lapins blancs, j’en croque deux chaque matin au petit déj’, crus, que je dépèce avec les dents.
Comme on peut le constater, Big Brother (ou Browser, c’est selon) bigle affreusement et nous pouvons donc nous rendormir sur nos deux oreilles, quoi que cela coûte en contorsions.